Good-bye

Fleurs de rêve

C’est l’été ; nous partons pour la rose SyrieBercés sur les flots bleus ;Que l’hélice se presse et que l’azur nous rieDes lointains fabuleux !

Nos cœurs sont tout heureux d’espérances promisesEt gonflés de plaisir,Devant nos yeux pensifs des visions exquisesPassent, fleurs de loisir.

Mon Caire est déjà loin, pays multicolore,Comme un rêve passé ;J’emporte son amour, comme une douce aurore,Dans mon cœur délaissé.

Le train, un tourbillon qui trébuche et qui danseSur le bien-aimé sol,Qui se disperse vague en la lumière denseEt se perd comme un vol !

Je ne garde de toi, changeante Alexandrie,Que l’odeur du départ :Celle des paquebots amassés en série,Des marins étendards,

Des barques, du goudron, d’amer et de coquillesEt de large salé ;Mais toi, Guide Nocturne, ô son Phare, tu brillesDans mon rêve étoilé !

Partons, partons toujours, les voiles déployées,Nous sommes attendus !L’homme est partout chez lui : aux terres éloignées,Aux coins les plus perdus.

Mon cœur ne songera qu’à ses kiefs uniques,Oh ! les jours de reposOù l’on ignorera les crimes politiques,Les dires des journaux,

Les sentences de mort… oh ! les horreurs humaines !Pensant au meurtrierJe sens mon cœur tordu de spasmes et de haines,D’horreur et de pitié !

N’est-ce pas leur destin (mystère pour tout hommeDe toute éternité)De mourir tous deux, l’un innocent, l’autre commeSa fin piteuse était… ?

Hélas ! la vie est courte, à quoi bon la bataille,Le crime et la prison ?Le temps est abrégé pour jeter la semailleEt faucher la moisson !

Hommes, le savez-vous, le savez-vous que naîtreEst mourir à moitié,Et que chaque naissance apporte un pâle spectreVers le gouffre plié… ?

Aimez, faites le bien, utilisez votre âmeAu service du Beau ;Votre vie en sera la sainte et douce flammeÉclairant le tombeau.

… Partons, oublions tout, vivons dans le vertigeEt dans l’illusion…Flots, exercez sur moi votre aimable prestige,Portez-moi vers Sion !

Flots, reconnaissez-moi ! c’est votre jeune amanteQui penche sur vos frontsSon front mat, rêveur où la Chimère dormanteA placé ses rayons…

Flots, reconnaissez-moi ! je baise vos épaules,(Attouchement moelleux !)Qui portent mes rêves, pleureurs comme les saules,Vers les horizons bleus !

Un pleur intérieur qui jamais ne s’achèveGlisse sur mon émoi,« Une aile de jeunesse et d’amour me soulève »Et me porte vers Toi !

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