Spectre
Fleurs de rêve
Chopin a murmuré son cœurDans ses valses lentes et tristes,Et sur les gammes pessimistesIl a déversé sa douleur.
Aux accents doux et nostalgiquesDe sa Marche, ami du cercueil,J’ai vu frissonner un linceulSous les bouquets mélancoliques.
C’était un rêve, un pâle rêveNon exempt de suavité,Où, dans ton sépulcre habitéJ’ai vu ta forme qui se lève…
À tâtons, tes doigts desséchés(Tes doigts fins jadis, doigts de femme,Remplis de vie et de douce âme…)Ont caressé les nœuds cherchés…
Et tu croyais toucher la cordeDe ton adorable instrument,Mais tu tombas éperdûmentAprès ton pitoyable exorde…
Fantôme, à ton cercueil ! couche-toi, couche-toi !Abrite ton squelette, ô fantôme, il fait froid !Rêve les yeux fermés dans leur cave hideuse,Songe à tes jours passés, à ta nuit ténébreuse ;La terre n’a plus de lieu pour te recevoir,Et l’œil humain, craintif, ne veut plus t’entrevoir.Ta place n’est donc pas dans nos riantes villes,Ni dans les verts bosquets où, toi, tu te faufiles :Tes os n’ont plus leur chair, ton œil n’a plus de larmes,Ton âme plus d’élans, ton esprit plus d’alarmes ;Or, il faut tout cela pour se compter vivant,Il faut rire et pleurer, craindre la nuit, le vent.La lumière est trop claire à tes yeux tout pleins d’ombre ;Retourne à ta tombe, à ton séjour vide et sombre,Et quelque indifférent que tu sois, crains le froidEt la lumière humaine où je vis loin de toi !
Couche-toi ! le sommeil est bon pour les squelettes,Leur passage a fané les petites fleurettes…Dors, douce ombre de paix, et ne cherche à venir…La vie a pour les morts un coin de souvenir…
Le spectre a murmuré sa plainteDans les gémissements du vent,Voilà pourquoi, la nuit, souventL’on tremble d’horreur et de crainte…
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