ME voicy devenu Grammairien, moy qui n’apprins jamais langue que par routine, et qui ne sçay encore que c’est d’adjectif, conjunctif et d’ablatif : il me semble avoir ouy dire que les Romains avoient des chevaux qu’ils appelloient Funales ou Dextrarios, qui se menoient à dextre ou à relais, pour les prendre tous frez au besoin : et de là vient que nous appellons destriers les chevaux de service. Et nos Romans disent ordinairement adestrer pour accompaigner. Ils appelloyent aussi Desultorios Equos, des chevaux qui estoyent dressez de façon que, courans de toute leur roideur, accouplez costé à costé l’un de l’autre, sans bride, sans selle, les gentils-hommes Romains, voire tous armez, au milieu de la course se jettoient et rejettoient de l’un à l’autre. On dict de Caesar, et aussi du grand Pompeius, que, parmy leurs autres excellentes qualitez, ils estoient fort bons hommes de cheval ; et de Caesar, qu’en sa jeunesse, monté à dos sur un cheval et sans bride, il luy faisoit prendre carriere, les mains tournées derriere le dos. Comme nature a voulu faire de ce personnage et d’Alexandre deux miracles en l’art militaire, vous diriez qu’elle s’est aussi efforcée à les armer extraordinairement : car chacun sçait du cheval d’Alexandre, Bucefal, qu’il avoit la teste retirant à celle d’un toreau, qu’il ne se souffroit monter à personne qu’à son maistre, ne peut estre dressé que par luy mesme, fut honoré apres sa mort, et une ville bastie en son nom. Caesar en avoit aussi un autre qui avoit les pieds de devant comme un homme, ayant l’ongle coupée en forme de doigts, lequel ne peut estre monté ny dressé que par Caesar, qui dédia son image après sa mort à la déesse Venus. Je ne démonte pas volontiers quand je suis à cheval, car c’est l’assiette en laquelle je me trouve le mieux, et sain et malade. aussi dict Pline qu’elle est salutaire à l’estomach et aux jointures. Poursuivons donc, puis que nous y sommes. On lict en Xenophon la loy deffendant de voyager à pied à homme qui eust cheval. Trogus et Justinus disent que les Parthes avoient accoustumé de faire à cheval non seulement la guerre, mais aussi tous leurs affaires publiques et privez, marchander, parlementer, s’entretenir et se promener ; et que la plus notable difference des libres et des serfs parmy eux, c’est que les uns vont à cheval, les autres à pié : Il y a plusieurs exemples en l’histoire Romaine (et Suetone le remarque plus particulierement de Caesar) des Capitaines qui commandoient à leurs gens de cheval de mettre pied à terre, quand ils se trouvoient pressez de l’occasion, pour oster aux soldats toute esperance de fuite, Nos ancestres, et notamment du temps de la guerre des Anglois, en tous les combats solennels et journées assignées, se mettoient la plus part du temps tous à pié, pour ne se fier à autre chose qu’à leur force propre et vigueur de leur courage et de leurs membres, de chose si chere que l’honneur et la vie. Vous engagez, vostre valeur et vostre fortune à celle de vostre cheval : ses playes et sa mort tirent la vostre en consequence ; son effray ou sa fougue vous rendent ou temeraire ou làche ; s’il a faute de bouche ou d’esperon, c’est à vostre honneur à en respondre. A cette cause, je ne trouve pas estrange que ces combats là fussent plus fermes et plus furieux que ceux qui se font à cheval,
Et chose que nous appellons à la societé d’un si grand hazard, doit estre en nostre puissance le plus qu’il se peut. Comme je conseilleroy de choisir les armes les plus courtes, et celles dequoy nous nous pouvons le mieux respondre. Il est bien plus apparent de s’asseurer d’une espée que nous tenons au poing, que du boulet qui eschappe de nostre pistole, en laquelle il y a plusieurs pieces, la poudre, la pierre, le rouet, desquelles la moindre qui viendra à faillir, vous fera faillir vostre fortune.
Mais, quant à cett’ arme là, j’en parleray plus amplement où je feray comparaison des armes anciennes aux nostres ; et, sauf l’estonnement des oreilles, à quoy desormais chacun est apprivoisé, je croy que c’est un’ arme de fort peu d’effect, et espere que nous en quitterons un jour l’usage. Encore ne faut-il pas oublier la plaisante assiette qu’avoit, sur sa mule, un maistre Pierre Pol, Docteur en Theologie, que Monstrelet recite avoir accoustumé se promener par la ville de Paris, assis de costé, comme les femmes. Il dit aussi ailleurs que les Gascons avoient des chevaux terribles, accoustumez de virer en courant, dequoy les François, Picards, Flamens et Brabançons faisoient grand miracle : pour n’avoir accoustumé de le voir, ce sont ses mots. Caesar, parlant de ceux de Suede : Aux rencontres qui se font à cheval, dict-il, ils se jettent souvent à terre pour combattre à pié, ayant accoustumé leurs chevaux de ne bouger ce pendant de la place, ausquels ils recourent promptement, s’il en est besoing ; et, selon leur coustume, il n’est rien si vilain et si làche que d’user de selles et bardelles, et mesprisent ceux qui en usent : de maniere que, fort peu en nombre, ils ne craignent pas d’en assaillir plusieurs.
Le Roy Alphonce, celuy qui dressa en Espaigne l’ordre des chevalliers de la Bande ou de L’escharpe, leur donna, entre autres regles, de ne monter ny mule ny mulet, sur peine d’un marc d’argent d’amende, comme je viens d’apprendre dans les lettres de Guevara, desquelles ceux qui les ont appellées dorées, faisoient jugement bien autre que celuy que j’en fay.
Ceux de Crotte, assiegéz par Metellus, se trouverent en telle disette de tout autre breuvage qu’ils eurent à se servir de l’urine de leurs chevaux.
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