Je voudrais, si ma vie était encore à faire
Bonheur
XX
I
Je voudrais, si ma vie était encore à faire,Qu’une femme très calme habitât avec moiPlus jeune de dix ans, qui portât sans émoiLa moitié d’une vie au fond plutôt sévère.Notre cœur à tous deux dans ce château de verre,Notre regard commun ! franchise et bonne foi.Un et double dirait comme en soi-même : Voi !Et répondrait comme à soi-même : persévère !Elle se tiendrait à sa place, mienne aussi,Nous serions en ceci le couple réussiQue l’inégalité, parbleu ! des caractèresNe saurait empêcher l’équilibre qu’il faut,Ce point était compris d’esprits en somme austèresQu’au fond et qu’en tout cas l’indulgence prévaut.
II
L’indulgence qui n’est pas de l’indifférenceEt qui n’est pas non plus de la faiblesse, niDe la paresse, pour un devoir défini,Monitoire au plaisir, bénin à la souffrance.Non plus le scepticisme et ni préjugé ranceMais grand’délicatesse et bel accord béniEt ni la chair honnie et ni l’ennui banniToute mansuétude et comme vieille France.Nous serions une mer en deux fleuves puissantsOù le Bonheur et le Malheur têtes de flottesNous passeraient sans heurts, montés par le Bon sens,Ubiquiste équipage, ubiquiste pilote,Ubiquiste amiral sous ton sûr pavillon.Amitié, non plus sous le vôtre, Amour brouillon.
III
L’amitié, mais entre homme et femme elle est divine !Elle n’empêche rien, aussi bien des rapportsNécessaires, et sous les mieux séants dehorsAbrite les secrets aimables qu’on devine.Nous mettrions chacun du nôtre, elle est très fine,Moi plus naïf, et bien réglés en chers effortsLesdits rapports dès lors si joyeux sans remordsDans la simplesse ovine et la raison bovine.Si le bonheur était d’ici, ce le serait !Puis nous nous en irions sans l’ombre d’un regret.La conscience en paix et de l’espoir plein l’âme.Comme les bons époux d’il n’y a pas longtempsQuand l’un et l’autre d’être heureux étaient contents,Qui vivaient, sans le trop chanter, l’épithalame.
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