L’ennui de vivre avec le monde et dans les choses
Bonheur
XXIV
L’ennui de vivre avec les gens et dans les chosesFont souvent ma parole et mon regard moroses.Mais d’avoir conscience et souci dans tel casExhausse ma tristesse, ennoblit mon tracas.Alors mon discours chante et mes yeux de sourireOù la divine certitude s’en vient luire.Et la divine patience met son selDans mon long bon conseil d’usage universel.Car non pas tout à fait par effet de l’âgeÀ mes heures je suis une façon de sage,Presque un sage sans trop d’emphase ou d’embarras.Répandant quelque bien et faisant des ingrats.Or néanmoins la vie et son morne problèmeRendent parfois ma voix maussade et mon front blême.
De ces tentations je me sauve à nouveauEn des moralités juste à mon seul niveau ;Et c’est d’un examen méthodique et sévère,Dieu qui sondez les reins ! que je me considère.Scrutant mes moindres torts et jusques aux derniers,Tel un juge interroge à fond des prisonniers.Je poursuis à ce point l’humeur de mon scrupule,Que de gens ont parlé qui m’ont dit ridicule.N’importe ! en ces moments est-ce d’humilité ?Je me semble béni de quelque charité,De quelque loyauté, pour parler en pauvre homme.De quelque encore charité. — Folie en somme !Nous ne sommes rien. Dieu c’est tout. Dieu nous créa,Dieu nous sauve. Voilà ! Voici mon aléa :Prier obstinément. Plonger dans la prière,C’est se tremper aux flots d’une bonne rivièreC’est faire de son être un parfait instrumentPour combattre le mal et courber l’élément.Prier intensément. Rester dans la prièreC’est s’armer pour l’élan et s’assurer derrière.
C’est de paraître doux et ferme pour autruiConformément à ce qu’on se rend envers lui.La prière nous sauve après nous faire vivre,Elle est le gage sûr et le mot qui délivreElle est l’ange et la dame, elle est la grande sœurPleine d’amour sévère et de forte douceur.La prière a des pieds légers comme des ailes ;Et des ailes pour que ses pieds volent comme elles ;La prière est sagace ; elle pense, elle voit,Scrute, interroge, doute, examine, enfin croit.Elle ne peut nier, étant par excellenceLa crainte salutaire et l’effort en silence.Elle est universelle et sanglante ou sourit,Vole avec le génie et court avec l’esprit.Elle est ésotérique ou bégaie, enfantineSa langue est indifféremment grecque ou latine,Ou vulgaire, ou patoise, argotique s’il faut !Car souvent plus elle est bas, mieux elle vaut.Je me dis tout cela, je voudrais bien le faire,Seigneur, donnez-moi de m’élever de terre
En l’humble vœu que seul peut former un enfantVers votre volonté d’après comme d’avant.Telle action quelconque en tel temps de ma vieEt que cette action quelconque soit suivieD’un abandon complet en vous que formulâtLe plus simple et le plus ponctuel postulat,Juste pour la nécessité quotidienneEn attendant, toujours sans fin, ma mort chrétienne.
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