Metz
Invectives
VMETZ
Je déteste l’artisterieQui se moque de la PatrieEt du grand vieux nom de Français,Et j’abomine l’AnarchieVoulant, front vide et main rougie,Tous peuples frères — et l’orgie !Sans autre forme de procès.Tous peuples frères ! Autant direPlus de France, même martyre,Plus de souvenirs, même amers !Plus de la raison souveraine,Plus de la foi sûre et sereine,Plus d’Alsace et plus de Lorraine…Autant fouetter le flot des mers.Autant dire au lion d’Afrique :Rampe et sois souple sous la trique.
Autant dire à l’aigle des cieux :Fais ton aire dans le bocageEn attendant la bonne cageEt l’esclavage et son bagage.Autant braver l’ire des dieux !Et quant à l’Art, c’est une offenseÀ lui faire dès à l’avanceQue de le soupçonner ingratEnvers la terre maternelle,Et sa mission éternelleD’enlever au vent de son aileTout ennui qui nous encombrât.Il nous console et civilise,Il s’ouvre grand comme une égliseÀ tous les faits de la Cité.Sa voix haute et douce et terribleNous éveille du songe horrible.Il passe les esprits au cribleEt c’est la vraie égalité.Ô Metz, mon berceau fatidique,Metz, violée et plus pudiqueEt plus pucelle que jamais !Ô ville où riait mon enfance,Ô citadelle sans défense
Qu’un chef que la honte devance,Ô mère auguste que j’aimais.Du moins quelles nobles batailles,Quel sang pur pour les funéraillesNon de ton honneur, Dieu merci !Mais de ta vieille indépendance,Que de généreuse imprudence,À ta chute quel deuil intense,Ô Metz, dans ce pays transi !Or donc, il serait des poètesMéconnaissant ces sombres fêtesAu point d’en rire et d’en railler !Il serait des amis sincèresDu peuple accablé de misèresQui devant ces ruines fièresLui conseilleraient d’oublier !Metz aux campagnes magnifiques,Rivière aux ondes prolifiques,Coteaux boisés, vignes de feu,Cathédrale toute en volute,Où le vent chante sur la flûte,Et qui lui répond par la Mute,Cette grosse voix du bon Dieu !
Metz, depuis l’instant exécrableOù ce Borusse misérableSur toi planta son drapeau noirEt blanc et que sinistre ? telleUne épouvantable hirondelle,Du moins, ah ! tu restes fidèleÀ notre amour, à notre espoir !Patiente, encor, bonne ville :On pense à toi. Reste tranquille.On pense à toi, rien ne se perdIci des hauts pensers de gloireEt des revanches de l’histoireEt des sautes de la victoire.Médite à l’ombre de Fabert.Patiente, ma belle ville :Nous serons mille contre mille.Non plus un contre cent, bientôt !À l’ombre, où maint éclair se croise.De Ney, dès lors âpre et narquoise,Forçant la parte Serpenoise,Nous ne dirons plus : ils sont trop !Nous chasserons l’atroce engeanceEt ce sera notre vengeanceDe voir jusqu’aux petits enfants
Dont ils voulaient — bêtise infâme ! —Nous prendre la chair avec l’âmeSourire alors que l’on acclameNos drapeaux enfin triomphants !Ô temps prochains, ô jours que compteÉperdument dans cette honteOù se révoltent nos fiertés,Heures que suppute le culteQu’on te voue, ô ma Metz qu’insulteCe lourd soldat, pédant inculte,Temps, jours, heures, sonnez, tintez !Mute, joins à la généraleTon tocsin, rumeur sépulcrale,Prophétise à ces lourds banditsLeur déroute absolue, entièreBien au-delà de la frontière,Que suivra la volée altièreDes Te Deum enfin redits !
Paris, 17 septembre 1892.
Comentarios
Cargando comentarios…