L’Angélus du matin

Jadis et naguère (1891) — Jadis

Fauve avec des tons d’écarlateUne aurore de fin d’étéTempétueusement éclateÀ l’horizon ensanglanté.

La nuit rêveuse, bleue et bonnePâlit, scintille et fond en l’air,Et l’ouest dans l’ombre qui frissonneSe teinte au bord de rose clair.

La plaine brille au loin et fume.Un oblique rayon venuDu soleil surgissant allumeLe fleuve comme un sabre nu.

Le bruit des choses réveilléesSe marie aux brouillards légersQue les herbes et les feuilléesOnt subitement dégagés.

L’aspect vague du paysageS’accentue et change à foison.La silhouette d’un villageParaît. — Parfois une maison

Illumine sa vitre et lanceUn grand éclair qui va chercherL’ombre du bois plein de silence.Çà et là se dresse un clocher.

Cependant, la lumière accrueFrappe dans les sillons les socsEt voici que claire, bourrue,Despotique, la voix des coqs

Proclamant l’heure froide et griseDu pain mangé sans faim, des yeuxFrottés que flagelle la biseEt du grincement des moyeux,

Fait sortir des toits la fumée,Aboyer les chiens en fureur,Et par la pente accoutuméeDescendre le lourd laboureur,

Tandis qu’un chœur de cloches duresDans le grandissement du jourMonte, aubade franche d’injuresÀ l’adresse du Dieu d’amour !

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