Circonspection
Jadis et naguère (1902)
CIRCONSPECTION
À Gaston Sénéchal.
Donne ta main, retiens ton souffle, asseyons-nousSous cet arbre géant où vient mourir la briseEn soupirs inégaux sous la ramure griseQue caresse le clair de lune blême et doux.Immobiles, baissons nos yeux vers nos genoux.Ne pensons pas, rêvons. Laissons faire à leur guiseLe bonheur qui s’enfuit et l’amour qui s’épuise,Et nos cheveux frôlés par l’aile des hiboux.Oublions d’espérer. Discrète et contenue,Que l’âme de chacun de nous deux continueCe calme et cette mort sereine du soleil.Restons silencieux parmi la paix nocturne :Il n’est pas bon d’aller troubler dans son sommeilLa nature, ce dieu féroce et taciturne.
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