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Odes en son honneur
Tu fus une grande amoureuseÀ ta façon, la seule bonnePuisqu’elle est tienne et que personnePlus que toi ne fut malheureuseAprès la crise de bonheurQue tu portas avec honneur,
Oui, tu fus comme une héroïne,Et maintenant tu vis, statueToujours belle sur la ruineD’un espoir qui se perpétueEn dépit du Sort évident,Mais tu persistes cependant.
Pour cela, je t’aime et t’admireEncore mieux que je ne l’aimePeut-être, et ce m’est un suprêmeOrgueil d’être meilleur ou pireQue celui qui fit tout le mal.D’être à tes pieds tremblant, féal.
Use de moi, je suis ta chose ;Mon amour va, ton humble esclave,Prêt à tout ce que lui proposeTa volonté, dure ou suave,Prompt à jouir, prompt à souffrir,Prompt vers tout hormis pour mourir !
Mourir dans mon corps et mon âme,Je le veux si c’est ton caprice.Quand il faudra que je périsseTout entier, fais un signe, femme,Mais que mon amour dût cesser ?Il ne peut s’éterniser.
Jette un regard de complaisance,Ô femme forte, ô sainte, ô reine,Sur ma fatale insuffisanceSans doute à te faire sereine :Toujours triste du temps fané,Du moins, souris au vieux damné.
Laisse dire la calomnieQui ment, dément, nie et renieEt la médisance bien pireQui ne donne que pour reprendreEt n’emprunte que pour revendre…Ah ! laisse faire, laisse dire !
Faire et dire lâches et sottes,Faux gens de bien, feintes mascottes,Langue d’aspic et de vipère ;Ils font des gestes hypocrites,Ils clament, forts de leurs mérites,Un mal de toi qui m’exaspère,
Moi qui t’estime et te vénèreAu-dessus de tout sur la terre,T’estime et vénère, ma belle,De l’amour fou que je le voue,Toi, bonne et sans par trop de moue,M’admettant au lit, ma fidèle !
Mais toi, méprise ces menées,Plus haute que tes destinées,Grand cœur, glorieuse martyre,Plane au-dessus de tes rancunesContre ces d’aucuns et d’aucunes ;Bah ! laisse faire et laisse dire !
Bah ! fais ce que tu veux, ma belleEt bonne, — fidèle, infidèle, —Comme tu fis toute ta vie,Mais toujours, partout, belle et bonne,Et ne craignant rien de personne,Quoi qu’en aient la haine et l’envie.
Et puis tu m’as, si tu m’accordesUn peu de ces miséricordesQui siéient envers un birbe honnête.Tu m’as, chère, pour te défendre,Te plaire, si tu veux m’entendreEt voir, encore que laid et bête.
L’écartement des bras m’est cher, presque plus cherQue l’écartement autre :Mer puissante et que belle et que bonne de chair,Quel appât est la vôtre !
O seins, mon grand orgueil, mon immense bonheur,Purs, blancs, joie et caresse,Volupté pour mes yeux et mes mains et mon cœurQui bat de votre ivresse,
Aisselles, fins cheveux courts qu’ondoie un parfumCapiteux où je plonge,Cou gras comme le miel, ambré comme lui, qu’unDieu fit bien mieux qu’en songe.
Fraîcheur enfin des bras endormis et rêveursAutour de mes épaules,Palpitantes et si doux d’étreinte à mes ferveursToutes à leurs grands rôles,
Que je ne sais quoi pleure en moi, peine et plaisir.Plaisir fou, chaste peine,Et que je ne puis mieux assouvir le désirDe quoi mon âme est pleine
Qu’en des baisers plus langoureux et plus ardentsSur le glorieux busteNon sans un sentiment comme un peu triste dansL’extase comme auguste !
Et maintenant vers l’ombre blanche — et noire un peu,L’amour il peut détendrePlus par en bas et plus intime son fier jeuDès lors naïf et tendre !
La sainte, ta patronne, est surtout vénéréeDans nos pays du Nord et toute la contréeDont je suis à demi, la Lorraine et l’Ardenne.Elle fut courageuse et douce et mourut viergeEt martyre. Or il faut lui brûler un beau ciergeEn ce jour de ta fête et de quelque fredaineDe plus, peut-être, en son honneur, ô ma païenne !
Tu n’es pas vierge, hélas ! mais encore martyreNon pour Dieu, mais qui te plut. (Qu’ont-ils à rire ?)À cause de ton cœur saignant resté sublime.Courageuse, tu l’es, pauvre chère adorée,Pour supporter tant de douleur démesuréeAvec cette fierté qui pare une victime,Avec tout ce pardon joyeux et longanime.
Et douce ? Ah oui ! malgré ton allure si viveEt si forte et rude parfois. Douce et naïveComme ta voix d’enfant aux notes paysannes.
Douce au pauvre et naïve envers tous et que bonneSous un dehors souvent brutal qui vous étonne,Vous, les gens, mais dont j’ai vite su les arcanes !Douce et bonne et naïve, âme exquise qui planes
Au-dessus de tout préjugé bête ou féroce,Au-dessus de l’hypocrisie et du cant rosseEt du jargon menteur et de l’argot fétideDans la région pure où la haine s’ignore,Où la rancune expire, où l’amour pur arboreSur la blancheur des cieux sa bannière candide.Ô résignation infiniment splendide.
En ce jour de ta fête et malgré nos frivolesPréoccupations moins coupables que follesDe baisers redoublés pour le cas, et l’antiennePlus gentille encor qu’excessive des mots lestes,Recueillons-nous pourtant, pensons aux fins célestesAfin qu’après ma mort ou, las ! après la tienne,Le survivant pour l’absent prie, ô ma chrétienne !
« Quand je cause avec toi paisiblement,Ce m’est vraiment charmant, tu causes si paisiblement !
Quand je dispute et te fais des reproches,Tu disputes, c’est drôle, et me fais aussi des reproches.
S’il m’arrive, hélas ! d’un peu te tromper,misère ! tu cours la ville afin de me tromper.
Et si je suis depuis des temps fidèle,Tu me restes, durant juste tous ces temps-là, fidèle.
Suis-je heureux, tu te montres plus heureuseEncore, et je suis plus heureux, d’enfin ! te voir heureuse.
Pleuré-je, tu pleures à mon côté.Suis-je pressant, tu viens bien gentiment de mon côté.
Quand je me pâme, lors tu te pâmes.Et je me pâme plus de sentir qu’aussi tu te pâmes.
Ah ! dis quand je mourrai, mourras-tu, toi ? »Elle : « Comme je t’aimais mieux, je mourrai plus que toi. »
… Et je me réveillai de ce colloqueHélas ! C’était un rêve (un rêve ou bien quoi ?) ce colloque.
Mais après les merveillesQui n’ont pas de pareillesDe l’épaule et du sein,Faut sur un autre modeDresser une belle odeAu glorieux bassin.
Faut célébrer la blancheSouplesse de la hancheEt sa mate largeur,Dire le ventre opimeEt sa courbe sublimeVers le sexe mangeur
Que chastement, encoreQue joliment, décoreEt défend juste assezL’ombre qui sied aux chosesDivines, peu morosesRideaux drûment tressés,
Teutatès adorable,Saturne plus aimable,Anthropophage cherQui veut aux sacrificesNon le sang des génissesMais le lait de ma chair.
Nous chanterons ensuiteL’aine blonde et sa fuiteAmbrée au sein du Saint…Mais déposons la lyre,Livrons-nous au délireRaisonnable et succinct ?
Non ! fou, braque, orgiaque,En apache, en canaqueIvre de tafia :Nous ne sommes pas l’hommePour la docte SodomeQuand la Femme il y a.
Fifi s’est réveillé. Dès l’aube tu m’as ditBonjour en deux baisers, et le pauvre petitPépia, puis remit sa tête sous son aileEt tut pour le moment sa gente ritournelle.Ici je te rendis pour les tiens un baiserMultiforme, ubiquiste et qui fut se poserDe la plante des pieds au bout des cheveux sombresAvec des stations aux lieux d’éclairs et d’ombres,Un jeu (car tu riais) ridiculement doux,Et, brusque, entre les tiens je poussai mes genoux,
Tôt redressé sur eux et, penché vers ta bouche,Fus brutal sans que tu te montrasses farouche,Car tu remerciais dans un regard mouilléC’est alors que Fifi, tout à fait réveillé,
Le mignon compagnon ! comparable aux bons drillesQue le bonheur d’autrui ne fait pas envieux,Salua mon triomphe en des salves de trillesQue tout son petit cœur semblait lancer aux cieux.
Il sautillait, fiérot, comme un gars qui se cambre,Acclamant un vainqueur justement renommé,Et l’aurore éclatant aux carreaux de la chambreAttestait sans mentir que nous avions aimé.
Cuisses grosses mais fuselées,Tendres et fermes par dessous,Dessus d’un dur qui serait doux,Musculeuses et potelées,
Cuisses si bonnes tant baiséesDevers leur naissance et par là,Blanches plus que rose-thé, laMeilleure part de mes pensées,
Genoux, petites têtes d’angesBouffis dans leur juste maigreur,Mollets bondis qui font fureurEn des bas clairs craignant les fanges.
Pieds dressés pour te hausser jusqueA ma taille pour t’embrasser,Moi, t’enlever et te placerSur le lit, pieds très beaux que busque
La cheville de mol ivoireEt que parfume leur fraîcheur ;Doigts délicats, frêle rougeurDoucement fauve au talon, voire
Assez forte peau pour la marche,Mais quoi ! faut-il pas au cher corpsBase solide et soutiens forts,Au cher corps qui garde mon Arche,
L’arche de crainte et de blandicesOù j’entre, tous torts révolus,Comme on monterait au ciel. PiedsDivins, genoux fins, bonnes cuisses !
Tu fus souvent cruelle,Même injuste parfois,Mais que fait, ô ma belle,Puisqu’en toi seule crois
Et puisque suis ta chose.
Que tu me trompes avec Pierre,Louis, et cœtera punctum,Je sais, mais, là ! n’en ai que faire :Ne suis que l’humble factotum
De ton humeur gaie ou morose.
S’il arrive que tu me battes,Soufflettes, égratignes, tuEs le maître dans nos pénates,Et moi le cocu, le battu,
Suis content et vois tout en rose.
Et puis dame j’opineQu’à me voir ainsi siTien, finiras, divinePar m’aimoter ainsi
Qu’on s’attache à sa chose.
Et maintenant, aux Fesses !Je veux que tu confesses,Muse, ces miens trésorsPour quels — et tu t’y fies —Je donnerais cent viesEt, riche, tous mes orsAvec un tas d’encors.
Mais avant la cantateQue mes âme et prostateEt mon sang en arrêtVont dire à la louangeDe son cher Cul que l’ange,Ô déchu ! saluerait,Puis il l’adorerait,
Posons de lentes lèvresSur les délices mièvres
Du dessous des genoux,Souple papier de Chine,Fins tendons, ligne fineDes veines sans nul poulsSensible, il est si doux !
Et maintenant, aux Fesses !Déesses de déesses,Chair de chair, beau de beau,Seul beau qui nous pénètreAvec les seins, peut-être,D’émoi toujours nouveau,Pulpe dive, alme peau !
Elles sont presques ovales,Presque rondes. Opales,Ambres, roses (très peu)S’y fondent, s’y confondentEn blanc mat que répondentLes noirs, roses par jeu,De la raie au milieu.
Déesses de déesses !Du repos en liesses,De la calme gaîté,De malines fossettesAinsi que des risettes,
Quelque perversitéDans que de majesté… !
Et quand l’heure est sonnéeD’unir ma destinéeÀ Son Destin fêté,Je puis aller sans crainteEt bien tenter l’étreinteDevers l’autre côté :Leur concours m’est prêté.
Je me dresse et je presseEt l’une et l’autre fesseDans mes heureuses mains.Toute leur ardeur donne,Leur vigueur est la bonnePour aider aux hymensDes soirs aux lendemains…
Ce sont les reins ensuite,Amples, nerveux qu’inviteL’amour aux seuls élansQu’il faille dans ce mondeC’est le dos gras et monde,Satin tiède, éclairs blancs.Ondulements troublants.
Et c’est enfin la nuqueQu’il faudrait être eunuquePour n’avoir de frissons,La nuque damnatrice,Folle dominatriceAux frisons polissonsQue nous reconnaissons.
Ô nuque proxénète,Vaguement déshonnêteEt chaste vaguement,Frisons, joli symboleDes voiles de l’IdoleDe ce temple charmant,Frisons chers doublement !
Riche ventre qui n’a jamais porté,Seins opulents qui n’ont pas allaité,Bras frais et gras, purs de tout soin servile,
Beau cou qui n’a plié que sous le poidsDe lents baisers à tous les chers endroits,Menton où la paresse se profile,
Bouche éclatante et rouge d’où jamaisRien n’est sorti que propos que j’aimais,Oiseux et gais — et quel nid de délices !
Nez retroussé quêtant les seuls parfumsDe la santé robuste, yeux plus que brunsEt moins que noirs, indulgemment complices,
Front peu penseur mais pour cela bien mieux,Longs cheveux noirs dont le grand flot soyeux,Jusques aux reins lourdement se hasarde,
Croupe superbe éprise de loisirSauf aux travaux du suprême plaisir,Aux gais combats dont c’est l’arrière-garde,
Jambes enfin, vaillantes seulementDans le plaisant déduit au bon momentSerrant mon buste et ballant vers la nue,
Puis, au repos, — cuisses, genoux, mollet, —Fleurant comme ambre et blanches comme lait— Tel le pastel d’après ma femme nue.
Mais Sa tête, Sa tête !Folle, unique tempôteD’injustice indignée,De mensonge en furie,Visions de tuerieEt de vengeance ignée.
Puis exquise bonace,Du soleil plein l’espace,Colombe sur l’abîme,Toute bonne penséeCaressée et bercéePour un réveil sublime.
Force de la natureMagnifiquement dureEt si douce, Sa tête,Adoré phénomèneÔ de ma PhilomèneLa tête, seule fête !
Et voyez quelle est belleCette tête rebelleÀ la littératureComme à l’art de la brosseEt du ciseau féroce,Voyez, race future !
Car je veux dire aux AngesCe plus cher des visages,Cheveux noirs comme l’ombreOù passerait une ondePure, froide, profonde,Sous un ciel bas et sombre,
Petit front d’ImmortellePlissé dans la querelle,Nez mignard qu’ironiseUn bout clair qui s’envole,Bouche d’où Sa parolePart, précise et consise
Mais sorcière sans cesse,Qui blesse et qui caressaMon âme obéissante,Soumise, adulatrice,Ô voix dominatrice,Ô voix toute-puissante… !
Et ô sur cette bouchePlus âpre que farouche,Plus farouche que tendre,Plus tendre qu’ordinaire,Prince au fond débonnaire,Le Baiser semble attendre,
Et tout cela qu’éclaireLe regard circulaireDe deux yeux de braise,Bruns avec de la flamme,Sournois avec de l’âmeEt du cœur, n’en déplaise
À nos jaloux, ma reine,Ma noble souveraineQui me tient dans tes geôles,tête belle et bonneEt mauvaise — et couronneDu trône, tes Épaules.
Nos repas sont charmants encore que modestes,Grâce à ton art profond d’accommoder les restesDu rôti d’hier ou de ce récent pot-au-feuEn hachis et ragoûts comme on n’en trouve pas chez Dieu.
Le vin n’a pas ce nom, car à quoi sert la gloire ?Et puisqu’il est tiré, ne faut-il pas le boire ?Pour le pain, comme on n’en a pas toujours mangé,Qu’il nous semble excellent me semble un fait archijugé.
Le légume est pour presque rien, et le fromage :Nous en usons en rois dont ce serait l’usage.Quant aux fruits, leur primeur ça nous est bien égal,Pourvu qu’il y en ait dans ce festin vraiment frugal.
Mais le triomphe, au moins pour moi, c’est la salade :Comme elle en prend ! sans jamais se sentir malade,Plus forte en cela que défunt Tragaldabas,Et j’en bâfre de cœur tant elle est belle en ces ébats,
Et le café, qui pour ma part fort m’indiffère,Ce qu’elle l’aime, mes bons amis, quelle affaire !Je m’en amuse et j’en jouis pour elle, vrai !Et puis je sais si bien que la nuit j’en profiterai.
Je sais si bien que le sommeil fuira sa lèvreEt ses yeux allumés encor d’un brin de fièvrePar la goutte de rhum bue en trinquant gaîmentAvec moi, présage gentil d’un choc bien plus charmant.
Nous sommes bien faits l’un pour l’autre ;Pourtant quand tu me rencontrerasMenant mes derniers embarrasD’homme grave et de bon apôtre,Ruine encore de chrétien,Philosophe déjà païen,
Lourd de doctrine et de scrupule,(Le tout un peu décomposé)Mais au fond très bien disposéPour la popine et la crapule,En un mot, sot entre les sotsDe cette sorte de puceaux,
T’eus quelque mal à la conquête,— Et par ce mot que j’ai vouluJ’entends ton triomphe absolu, —Sinon de mon cœur, de ma tête ;Je ne parle pas de mon corpsVaincu dès les primes abords.
Mais comme nous sympathisâmesDès nos esprits mis en rapportEt dès lors quel parfait accordEntre ces luronnes, nos âmes,Ces luronnes et nos luronsD’esprits tout carrés et tout ronds !
Toi simple encor, que compliquée,Et moi naïf aux cents replis,Notre expérience des litsEt notre ignorance marquéeEn fait de sentiment subtil,Tout ce nous rendait que gentil
L’un à l’autre ! en dépit, par crises,De colères bien vite au trot,D’humeurs noires, roses bientôt,Et, mon Dieu, d’un tas de sottisesQu’on réparait, pour t’apaiserMadame et Monsieur, d’un baiser !
C’est de persévérer, petite !C’est, chère, de continuer,Quittes à parfois nous tuerPour nous ressusciter ensuite,C’est de rester à deux, vraiment,Bon cœur et mauvais garnement.
Quand tu me racontes les frasquesDe ta chienne de vie aussi,Mes pleurs tombent gros, lourds, ainsiQue des fontaines dans des vasques,Et mes longs soupirs condolentsSe mêlent à tes récits lents.
Tu me dis tes amours premières :Fille des champs avec des gars,Puis fille en ville aux fols écartsEt les trahisons coutumièresEt mutuelles sans remordDes deux parts et comme d’accord.
Tout d’un coup un caprice viteMûri, par l’us, en passionSauvage, tel l’humble scionGrandissant en palme subite
Qu’agiterait dans quelque vertPaysage un vent du désert.
Fidèle, toi, l’autre, infidèle,Toi douloureuse, lâche, enfinFurieuse, soûle du vinDu vice, essorant d’un coup d’aileTon cœur comme un aigle blessé,Mais sans pouvoir fuir le passé…
Je t’écoute, et ma pitié toute.Toute mon admiration,Une indicible affection,Sinon celle d’un pur amourTe vont de moi par quelle routeQui souffrirait, chère, à son tour,
Qui souffrira, j’en ai la crainte,Qui souffre déjà, tu le sais,Toi parfois mauvaise à l’excès.Charmante aussi comme une sainteEnvers ce moi, bon vieil amant,Le dernier, hein, probablement ?
Je ne suis pas jaloux de ton passé, chérie,Et même je t’en aime et t’en admire mieux.Il montre ton grand cœur et la gloire inflétrieD’un amour tendre et fort autant qu’impétueux.
Car tu n’eus peur ni de la mort ni de la vie,Et, jusqu’à cet automne fier répercutéVers les jours orageux de ta prime beauté,Ton beau sanglot, honneur sublime, t’a suivie.
Ton beau sanglot que ton beau rire condolaitComme un frère plus mâle, et ces deux bons géniesT’ont sacrée à mes yeux de vertus infiniesDont mon amour à moi, tout fier, se prévalait
Et se targue pour t’adorer au sens mystique :Consolations, vœux, respects, en même tempsQu’humbles caresses et qu’hommages ex-votantsDe ma chair à ce corps vaillant, temple héroïque
Où tant de passions comme en un Panthéon,Rancœurs, pardons, fureurs et la sainte luxureTinrent leur culte, respectant la forme pureEt le galbe puissant profanés par Phaon.
Pense à Phaon pour l’oublier dans mon étreintePlus douce et plus fidèle, amant d’après-midi,D’extrême après-midi, mais non pas attiédiQue me voici, tout plein d’extases et de crainte.
Va, je t’aime… mieux que l’autre : il faut l’oublier,Toi, souris-moi du moins entre deux confidences,Amazone blessée ès belles imprudencesQui se réveille au sein d’un vieux brave écuyer.
« Tu m’ostines ! » — « Et je t’emmèneÀ la campagne. » Ainsi parlaientDeux amoureux dont s’éperlaientPlus d’un encor propos amène.
Je crains fort que ces amoureuxN’aient été nous l’autre semaineNous répondant, Tyrcis, Climène,Hélas ! en mots trop savoureux.
Mais puisqu’il en est temps encore,Puisqu’il en est encore temps,Ne soyons donc plus mécontents,Au contraire, et que s’édulcore
Notre courroux, pourtant grondantUn petit peu, mais pour la forme,En un orage horrible, énorme,De gros baisers se répondant.
Ô ma dure et bonne compagne,Assez, dis, de malentendus,Et si tu veux — car je le dus —Or, je t’emmène à la campagne.
Ô toi triomphante sur deux« Rivales » (pour dire en haut style).Tu fus ironique, — elles… feues —Et n’employas d’effort subtilQue juste assez pour que tu fus —Ses encor mieux, grâce à cet us
Qu’as de me plaire sans complairePlus qu’il ne faut à mes caprices.Or je te viens jouer un airTout parfumé d’ambre et d’iris,Bien qu’ayant en horreur tripliceTout parfum hostile ou complice,
Sauf la seule odeur de toi, fraisEt chaud effluve, vent de merEt vent, sous le soleil, de préesNon sans quelque saveur amèrePour saler et poivrer ainsiQu’il est urgent, mon cœur transi.
Mon cœur, mais non pas ma bravoureEn fait d’amour ! Tu ressuscite-Rais un défunt, le bandant pourLe déduit dont Vénus dit : Sit !Oui, mon cœur encore il pantèleDu combat court, mais de peur telle !
Peur de te perdre si le sortDes armes eût trahi tes coups.Peur encor de toi, peur encoreDe tant de boudes et de moues.Quant aux deux autres, ô là là !Guère n’y pensais, t’étais là.
Iris, ambre, ainsi j’annonçai— Ma mémoire est bonne — ces versA ta victoire fière et gaieSur tes rivales somnifères.Mais que n’ont-ils le don si cher,Si pur ? Fleurer comme ta chair !
Ils me disent que tu me trompes.D’abord, qu’est-ce que ça leur fait ?Chère frivole, que tu rompesUn serment que tu n’as pas fait ?
Ils me disent que t’es méchanteEnvers moi, — moi, qui suis si bon !Toi méchante ! Qu’un autre chanteCe refrain très loin d’être bon
Méchante, toi qui toujours m’offresUn sourire amusant toujours,Toi, ma reine, qui de tes coffresMe puise des trésors toujours.
Ils me disent et croient bien dire,Ô toi que tu ne m’aimes pas ?Que m’importe, j’ai ton sourire,Et puis tu ne m’aimerais pas ?
Tu ne m’aimes ? Et la grâceEt la force de ta beauté.Tu me les donnes, grande et grasseEt voluptueuse beauté.
Tu ne m’aimes pas ? Et quand mêmeCe serait vrai, qu’est-ce que fait ?« Si tu ne m’aimes pas, je t’aime. »— Mais tu m’aimes, dis, par le fait.
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