Prologue supprimé à un livre « d’invectives »

Parallèlement

PROLOGUE SUPPRIMÉÀ UN LIVRE « D’INVECTIVES »

Mes femmes, toutes ! et ce n’est pas effrayant !À peu près, en trente ans ! neuf, ainsi que les Muses,Je vous évoque et vous invoque, chœur riant,Au seuil de ce recueil où, mon fiel, tu t’amuses.Neuf environ ! Sans m’occuper du casuel,Des amours de raccroc, des baisers de rencontre,Neuf que j’aimais et qui m’aimaient, ceci c’est réel,Ou que non pas, qu’importe à ce Fiel qui se montre ?Je vous évoque, corps si choyés, chères chairs,Seins adorés, regards où les miens vinrent vivreEt mourir, et tous les trésors encor plus chers,Je vous invoque au seuil, mesdames, de mon livre ;

Toi qui fus blondinette et mignarde aux yeux bleus ;Vous mes deux brunes, l’une grasse et grande, et l’autreImperceptible avec, toutes deux, de doux yeuxDe velours sombre, d’où coulait cette âme vôtre ;Et ô rouquine en fleur qui mis ton rose et blancIncendie ès mon cœur, plutôt noir, qui s’embraseÀ ton étreinte, bras très frais, souple et dur flanc,Et l’or mystérieux du vase pour l’extase.Et vous autres, Parisiennes à l’excès,Toutes de musc abandonné sur ma prière(Car je déteste les parfums et je ne saisRien de meilleur à respirer que l’odeur fièreEt saine de la femme seule que l’on eutPour le moment sur le moment), et vous, le resteQu’on, sinon très gentil, très moralement, eutD’un geste franc, bon, et leste, sinon céleste.Je vous atteste, sœurs aimables de mon corps,Qu’on fut injuste à mon endroit, et que je souffreÀ cause de cette faiblesse, fleur du corps,Perte de l’âme, qui, paraît-il, mène au gouffre ;

Au gouffre où les malins, les matois, les « peinards »Comme autant de démons d’enfer, un enfer bêteEt d’autant plus méchant dans ses ennuis traînards,Accueillent d’escroquerie âpre le poète…Ô mes chères, soyez mes muses, en ce nidEncore bienséant d’un pamphlet qui s’essore.Soyez à ce pauvret que la haine bénitLe rire du soleil et les pleurs de l’aurore.Donnez force et virilité, par le bonheurQue vous donniez jadis à ma longue jeunesse,Pour que je parle bien, et comme à votre honneurEt comme en votre honneur, et pour que je renaisseEn quelque sorte à la Vigueur, non celle-làQue nous déployions en des ères plus propices,Mais à celle qu’il faut, au temps où nous voilà,Contre les scélérats, les sots et les complices.Ô mes femmes, soyez mes muses, voulez-vous ?Soyez même un petit comme un lot d’ErynniesPour rendre plus méchants mes vers encor trop douxÀ l’adresse de ce vil tas d’ignominies :

Telle contemporaine et tel contemporainDont j’ai trop éprouvé la haine et la rancune,Martial et non Juvénal, et non d’airain,Mais de poivre et de sel, la mienne de rancune.Mes vers seront méchants, du moins je m’en prévaux,Comme la gale et comme un hallier de vermine.Et comme tout… Et sus aux griefs vrais ou fauxQui m’agacent… Muses, or, sus à la vermine !

24 septembre 91.

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