L’Angoisse

Poèmes saturniens (1866)

VIIIL’ANGOISSE

Nature, rien de toi ne m’émeut, ni les champsNourriciers, ni l’écho vermeil des pastoralesSiciliennes, ni les pompes aurorales,Ni la solennité dolente des couchants.

Je ris de l’Art, je ris de l’Homme aussi, des chants,Des vers, des temples grecs et des tours en spiralesQu’étirent dans le ciel vide les cathédrales,Et je vois du même œil les bons et les méchants.Je ne crois pas en Dieu, j’abjure et je renieToute pensée, et quant à la vieille ironie,L’Amour, je voudrais bien qu’on ne m’en parlât plus.Lasse de vivre, ayant peur de mourir, pareilleAu brick perdu jouet du flux et du reflux,Mon âme pour d’affreux naufrages appareille

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