Bon chevalier

Sagesse (1893)

I

Bon chevalier masqué qui chevauche en silence,Le Malheur a percé mon vieux cœur de sa lance.Le sang de mon vieux cœur n’a fait qu’un jet vermeilPuis s’est évaporé sur les fleurs, au soleil.L’ombre éteignit mes yeux, un cri vint à ma boucheEt mon vieux cœur est mort dans un frisson farouche.Alors le chevalier Malheur s’est rapproché,Il a mis pied à terre et sa main m’a touché.

Son doigt ganté de fer entra dans ma blessureTandis qu’il attestait sa loi d’une voix dure.Et voici qu’au contact glacé du doigt de ferUn cœur me renaissait, tout un cœur pur et fier.Et voici que, fervent d’une candeur divine,Tout un cœur jeune et bon battit dans ma poitrine.Or, je restais tremblant, ivre, incrédule un peu,Comme un homme qui voit des visions de Dieu.Mais le bon chevalier, remonté sur sa bête,En s’éloignant, me fit un signe de la têteEt me cria (j’entends encore cette voix) :« Au moins, prudence ! Car c’est bon pour une fois. »

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