Lettres à Lucilius — Lettre 104
Traducido por Joseph Baillard
Cet ennui que tu fuis est au fond de ton cœur,Tu ne saurais le fuir qu’en te fuyant toi-même.Change de lieu, si tu veux, tous les jours ;Cours la terre et la mer dans ton chagrin extrême :Ton ennui te suivra toujours.En vain , pour excuser ton bizarre caprice ,Tu veux injustement en accuser les lieux ;Ton pauvre esprit a la jaunisse,Et tout paraît jaune à tes yeux.Le repos que tu te proposesNe s’acquiert point à force de courir.Apprends, apprends à te souffrir :On vient à bout par là de souffrir toutes choses.
Le char léger du fat qui vole en un instantDe l’ennui qui le chasse à l’ennui qui l’attend.
Rarement à courir le mondeOn devient plus homme de bien. (J. B. Rousseau.)
La mort, la pauvreté, l’obscurité que j’aime ,Pour les ambitieux pire que la mort même ,Ces maux, exagérés par une lâche erreur,De leur masque effrayant vont perdre la terreur ;Le sage, qui de loin redoutait leur menace,Apprend à les braver s’il les regarde en face.
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