Les Petits Vagabonds
Échos de la rue
Dieu des infortunés ! quelle brume infernaleS’étend sur ce point noir de notre capitale ?Le citadin a peine à tenir le pavé :Par de grands coups de vent son manteau soulevéNe le garantit plus du froid : il court. La neige,Qui tombe à lourds flocons, tourbillonne, l’assiègeEt l’aveugle. Nos quais sont luisants de verglas.Le cheval essoufflé s’abat à chaque pas ;Même dans son chemin plus d’un passant s’égare,Tâtonne et cherche au loin la lumière d’un phare.
Qu’aperçoit-on là-bas, dans l’ombre ? Une lueurS’élève lourdement du milieu de la place !Ah ! c’est le feu qui prend, n’en ayons pas frayeur,Aux menus chalumeaux d’une pauvre paillasse.
De petits vagabonds, déguenillés et noirs,Debout, couchés, assis sur le bord des trottoirs,Regardent tristement les rouges étincellesQue la bise des nuits emporte sur ses ailes ;Et de face et de dos, autour de ce brasier,Grignotent les débris d’un pain dur et grossier.
Le vent est froid, deuil et torture ;Et des enfants, ciel inhumainDes enfants qui pour couvertureN’ont que les brumes du chemin.
Hier, ils dormaient sous des langes,Une mère auprès d’eux veillait.Qui donc les jeta dans nos fangesPar ce temps, à l’heure qu’il est ?
Pressés par le besoin, sans doute,Leurs désolés parents ont dit :Enfants, il faut vous mettre en route.Le pain manque à notre appétit.
Et ces glaneurs infortunés,N’ayant trouvé ni sou ni maille,Autour de ce grand feu de paillePleurent, pauvres, abandonnés !
Quoi bruit soudain frappe la terre,S’approche et grossit autour d’eux ?Pour les enfants tout est mystère,Et ceux qui souffrent sont peureux.
Ne craignez rien, mes fils, peut-êtreEst-ce la douce charitéQui, pour vous, fait courir le prêtreDans les ombres de la cité ?…
Ou bien, sans doute, quelque vierge,Et sœur du bon Vincent de Paul,Qui, souriante sous la serge,Vient vous ravir au froid du sol ?…
Ou bien encore la sagesseQui, sous la figure d’un roi,Vient préserver votre jeunesseDes mains brutales de la loi ?…
Plus de pleurs ! le ciel se débrouille…Voyez sourire l’horizon…Grand Dieu ! ce bruit, c’est la patrouille ;Fuyez ! ou demain la prison !
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