Spleen d'hiver

Les Gammes

Voici venir l’ennui nocturne des hiversEt les neiges roulant aux râles des tempêtes :Voici venir le gel qui met un joug aux mers

Avec le chœur caduc des souvenirs amers.Adieu les floraisons, les feuilles et les fêtes,Et les nids gazouillant au sein du vert des faîtes !

C’est la morne saison où du val et des faîtesS’en viennent en maraude ours et loups des hiversLe meurt-de-faim grelotte à la lueur des fêtesEt sent en lui gronder la rage et les tempêtes !Le lointain marinier plein de pensers amersInvoque Notre-Dame en naviguant les mers.

La nuit le meuglement monotone des mersEt la bise sifflant dans les sapins des faîtesSoulèvent le vol noir des nuages amers,La voix des vieux roseaux, orchestre des hivers,S’exhale au long du fleuve au souffle des tempêtes,Et, ô les glas de fer sonnant le deuil des fêtes !

Nostalgiques regrets du printemps et des fêtes,Vous submergez mon cœur comme un brouillard des mers :Et je rêve à l'aurore en un ciel sans tempêtes,Aux orangers dont l’or fait osciller les faîtes,Aux vallons à l’abri des frimas des hivers,Où croissent dans les rocs les cytises amers.

Arrière, ô souvenirs que les réveils amersTraquent comme le deuil à la suite des fêtes !Non ! ce n’est pas pour vous, ô somnolents hivers,Le sourire en bouquets de la terre et des mers :Mais à vous l’ouragan qui hurle sur les faîtes,Et le long des écueils l’écume des tempêtes.

Oh ! la neige tournoie aux remous des tempêtes,Et ma raison se meurt sous les regrets amers.La neige s’amoncelle aux flancs glacés des faîtes,Et j’écoute en mon cœur pleurer les vieilles fêtes.La neige avec horreur s’engouffre dans les mers,Et ma perte me tente en l’ombre des hivers :

Me tente dans l’hiver, tandis que les tempêtesSur les mers mêleront leurs râlements amersEt qu’en sanglots les cieux engloutiront les faîtes.

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