Ce fut en un soir où les chansons
Petits Poèmes d’Automne
Ce fut en un soir où les chansonsDes amants liés par leurs mains lassesMouraient, ô Dame pâle qui passes,Au clair de la lune des moissons.Long penchée au bord des lourds calicesDes lys, fleurs des reines et des rois,Tu faisais le signe de la croixComme une qui renonce aux délices.
Chevelure éparse au vent léger,Tu paraissais ceinte de lumièreContre l’ombre de la nuit premièreEt les feuilles du prochain verger.L’eau tintait tristement dans les vasquesQu’enguirlandaient des danses d’amoursEt de satyres faisant des toursAu rire à jamais muet des masques.La puisant dans tes chétives mains,Cette eau par laquelle tu fus sainte,Tu baptisas les fleurs de l’enceinte,Où dormait l’âme des lendemains.Fus-tu le Remords ou la Mémoire,Ô Passante aux yeux pleins de passé ?Maintenant l’eau stagne en le fosséEt les lys sont morts avec la gloire.
De ce soir où les lentes chansonsDes amants liés par leurs mains lassesMouraient, ô Dame pâle qui passes,Au clair de la lune des moissons.
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