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Petits Poèmes d’automne
LÉON VANIER, LIBRAIRE-ÉDITEUR
19, quai saint-michel, 19
1895
À
L’enchanteresse de ThuléA ravi mon âme en son îleOù meurt, tel un souffle exhalé,Le regret de l’heure inutile.Je crois qu’on pleure autour de moi,Prince dont la magique épéePar la main des femmes sans foiSe brisa, vierge d’épopée.
C’est la fuite des étendardsLe long de la mauvaise routeAux cris des barbares hagardsTraquant mon armée en déroute.Qu’importe ? — Alors qu’au seuil des cieuxJe pourrais conquérir la Lance,Posez vos doigts lourds sur mes yeux,Ô vous, les trois Sœurs du Silence !L’encens des jours s’est exhalé :Pourquoi pleurer l’heure inutile ?L’enchanteresse de ThuléA ravi mon âme en son île.
Des rossignols chantant à des lysSous la lune d’or de l’été, telle,Ô toi, fut mon âme de jadis.Tu vins cueillir mes lys d’espoir, Belle,Mes lys qui saignèrent dans ta mainQuand se leva la lune nouvelle.
Amour, sera-ce bientôt demain,Demain matin et ses chants de clochesEt les oiseaux aux croix du chemin ?Pauvre, il neige dans les vallons proches.
Mon front pâle est sur tes genouxQue jonchent des débris de roses ;Ô femme d’automne, aimons-nousAvant le glas des temps moroses !Oh ! des gestes doux de tes doigtsPour calmer l’ennui qui me hante !Je rêve à mes aïeux les rois,Mais toi, lève les yeux, et chante.
Berce-moi des dolents refrainsDe ces anciennes cantilènesOù, casqués d’or, les souverainsMouraient aux pieds des châtelaines.Et tandis que ta voix d’enfant,Ressuscitant les épopées,Sonnera comme un olifantDans la danse âpre des épées,Je penserai vouloir mourirParmi les roses de ta robe,Trop lâche pour reconquérirLe royaume qu’on me dérobe.
Je crois, folle, que tout l’automneDort en tes yeux, et ta voix,Las ! se lamente monotoneComme le vent lent dans les bois.Tes cheveux sont couleur des feuillesQui vont mourir, et tes mainsSemblent flétrir, que tu le veuillesOu non, les fleurs des lendemains.
Aussi t’aimais-je pour le rêveLamentable de tes yeuxEt ta voix qui fut la voix d’ÈvePleurant les aubes d’anciens cieux ;Et surtout pour ta chevelureQui fut mon léger linceul,Et tes mains à douce brûlureLors des baisers de seule à seul.Mais tu ne sus charmer mon âme,Dont le Sauveur ait merci !Car elle est de souffle et de flammeEt pure de l’impur souci.Me voici, féal à mon glaive,De nouveau sous le soleil,Et ces nuits d’amour sont le rêve,N’est-ce pas ? d’un mauvais sommeil.
Je vais vers des pays où tonneLe combat des demi-dieux…Ah ! folle, folle, tout l’automneNe dormait-il pas en tes yeux ?
Au temps de la mort des marjolaines,Alors que bourdonne ton légerRouet, tu me fais, les soirs, songerÀ tes aïeules les châtelaines.Tes doigts sont fluets comme les leursQui dévidaient les fuseaux fragiles.Que files-tu, sœur, en ces vigiles,Où tu chantes d’heurs et de malheurs ?
Seraient-ce des linceuls pour tes rêvesD’amour, morts en la saison des pleursD’avoir vu mourir toutes les fleursQui parfumèrent les heures brèves ?Oh ! le geste fatal de tes mainsPâles, quand je parle de ces choses,De tes mains qui bénirent les rosesEn nos jours d’amour sans lendemains !C’est le vent d’automne dans l’allée,Sœur, écoute, et la chute sur l’eauDes feuilles du saule et du bouleau,Et c’est le givre dans la vallée.Dénoue — il est l’heure — tes cheveuxPlus blonds que le chanvre que tu files ;L’ombre où se tendent nos mains débilesEt propice au murmure des vœux.
Et viens, pareille à ces châtelainesDolentes à qui tu fais songer,Dans le silence où meurt ton légerRouet, ô ma sœur des marjolaines !
— Viens, très douce, rêver aux heuresOù nous effeuillâmes les lysAu clair de la lune. Tu pleures ?— Je fus la fille du roi d’Ys,Mon amant, et je sais à peineCe que nous nous dîmes, jadis.
— N’es-tu pas la petite reineQui s’en venait, chantant tout bas,Mirer ses yeux en la fontaine ?— Si légers devaient choir mes pasSur le givre des nuits d’automne,Que tu ne les entendis pas.— Hélas ! mais sa voix monotoneÉtait la tienne, et ses chers yeuxAvaient ton regard qui s’étonne.— Dupe ! Par une loi des dieuxLa cité n’est plus sur la dune,Et je vais vers de nouveaux cieux.— Pourtant je sais que j’aimais uneQui parlait ainsi de malheursEn lançant des lys à la lune.
— Ô toi qui te souviens, ces pleursSont le signe en effet de celleQui survit à la mort des fleurs.— Je savais bien que tu fus elle,Avec ta peur des lendemains,Cet air mortel qui m’ensorcelle,Et les gestes las de tes mains !
Tu vins vers moi par les valléesOù s’effeuillaient les azalées,Ô sœur des heures en allées !Ta toison était de couleurRousse, et ta bouche de douleurPareille à la mort d’une fleur.
Tes yeux semblaient des cieux d’automneOù le dernier orage tonne,Mélancolique et monotone.Ta voix chantant la mort d’un roiFut toute la femme pour moi,Fol alors en quête de foi.Et ces lèvres d’enfant mauvaiseQue seul le sang d’Amour apaiseQu’ont-elles dit qu’il faut qu’on taise ?Ah ! rien, sinon qu’Amour est mortSur notre seuil de mal abordOù sourit le masque du Sort.Je me souviens qu’en les valléesTombaient les fleurs des azalées,Au cours des heures en allées.
Ce fut en un soir où les chansonsDes amants liés par leurs mains lassesMouraient, ô Dame pâle qui passes,Au clair de la lune des moissons.Long penchée au bord des lourds calicesDes lys, fleurs des reines et des rois,Tu faisais le signe de la croixComme une qui renonce aux délices.
Chevelure éparse au vent léger,Tu paraissais ceinte de lumièreContre l’ombre de la nuit premièreEt les feuilles du prochain verger.L’eau tintait tristement dans les vasquesQu’enguirlandaient des danses d’amoursEt de satyres faisant des toursAu rire à jamais muet des masques.La puisant dans tes chétives mains,Cette eau par laquelle tu fus sainte,Tu baptisas les fleurs de l’enceinte,Où dormait l’âme des lendemains.Fus-tu le Remords ou la Mémoire,Ô Passante aux yeux pleins de passé ?Maintenant l’eau stagne en le fosséEt les lys sont morts avec la gloire.
De ce soir où les lentes chansonsDes amants liés par leurs mains lassesMouraient, ô Dame pâle qui passes,Au clair de la lune des moissons.
Une nuit, sous la terrible luneQui saignait parmi les brumes roses,Tu parlais, ô sœur, de tristes chosesComme une enfant prise de rancune.Au loin les appels des mauvais hommesNous montaient des vergers de la plaineOù les arbres tordus par la haineTendaient, fruits du mal amour, leurs pommes.
Tu n’entendis pas le bruit des rouesRapportant vers les petits villagesLa récolte des moissonneurs sagesQui peinent le temps où tu te joues.Tu cueillais les pavots de la routePour en festonner, plein tes mains molles,Notre maison où l’on voit les follesMendier, sœurs du deuil et du doute.Comme devant une étrange aubergeTu fis, vocatrice de désastres,Le signe qui flétrit les bons astresDans le jardin d’azur de la Vierge.Puis effeuillant au seuil de la porteLes fleurs de l’ombre l’une après l’une,Tu chantas quelque chose à la Lune,Quelque chose dont mon âme est morte.
Ô narcisses et chrysanthèmesDe ce crépuscule d’automneOù nos voix reprenaient les thèmesTant tristes du vent monotone !Des enfants dansaient sur la routeQui mène vers la lande noireOù hurla jadis la déroute,Sous la lune, des rois sans gloire.
Nous chantions des chants des vieux âgesEn allant tous deux vers la ville,Toi si grave avec tes yeux sagesEt moi dont l’âme fut si vile.Le jour tombait au son des clochesDans l’eau lente de la rivièreQui charriait vers des mers prochesLa flotte à la noire bannière.Nous fûmes trop fous pour comprendreLes présages du crépuscule :Voici l’ombre où l’on croit entendreLes sanglots d’un dieu qui recule.La flotte a fui vers d’autres astres,Les enfants sont morts sur la route,Et les fleurs, au vent des désastres,Ne sont qu’un souvenir de doute.
Sais-tu le chemin de la ville,Toi si grave avec tes yeux sages ?Ah ! mon âme qui fut trop vileA peur des chansons des vieux âges !
Nous avons quitté ce soir la grand’villeOù nous marchions seuls, les yeux dans les yeux.Entends-tu là-bas, comme des adieux,Les cloches des morts sonner la vigile ?Le soleil n’est plus, ô sœur puérile,Mais n’ayons pas peur de l’ombre en les cieux ;Nous saurons trouver, après les aïeux,La bonne maison d’accueil et d’asile,
Celle de la croix où Dieu promet l’or,La myrrhe et l’encens et tout son trésorAux pauvres amants frappant à sa porte.Prie un peu pourtant pour le péché d’hier,Et donne ta main si faible et si forte :Voici venir l’heure où l’on voit moins clair.
Je ne sais plus par quelle contréeD’étoiles et de roses de luneJe t’ai perdue en cette vespréeOù nos voix se turent l’une après l’une.Au loin, c’est comme un murmure d’ondesCoulant vers une mer inconnue.
Nos yeux suivaient le rêve des mondes,Et notre âme attendait la venueDu Christ ou de la Vierge MarieDans les roses de lune et les étoiles.Au loin, le vent, comme un Dieu qui prie,Souffle vers la mer l’essor des voiles.Nos mains cherchaient l’ancienne caresseEt nos lèvres la vieille parole ;Mais nos gestes étaient de détresse,Et nos mots tels un oiseau qui s’envole.Au loin, comme des oublis, les feuillesVoguent vers la mer où dort l’automne.Ses yeux et ses lèvres que tu cueilles,Dieu d’hiver dont le soleil s’étonne,
Refleuriront-ils comme les rosesEt les étoiles que nous aimâmes ?Au loin, l’air est plein de voix morosesEt la mer chante la mort des âmes.
La nuit, dans un pays de fleursTristes comme tes yeux, ô Bonne,J’ai tressé pour toi la couronneMystique des sept douleurs.Ci l’amarante et l’anémone,Le souci, la rose et l’iris,Avec l’asphodèle et le lisDes urnes d’or de l’automne.
Mon âme, qui se sent mourir,Comme la lune, en leurs corolles,Ne sait plus le sens des parolesDont tu voulus l’attendrir.Aux eaux oublieuses du fleuveQui coule vers la mer sans nom,Il faudra, le voudrais-je ou non,Qu’un soir d’effroi je m’abreuve.Voici ces fleurs des anciens cieux :J’en vais cueillir d’autres, ô Bonne,Dans des pays d’ombre où l’automneEst triste comme tes yeux.
Mon âme, en une rose,Est morte de douleur :C’est l’histoire moroseDu rêve et de la fleur.Je n’irai pas la direSur les routes du roi ;Je crois, Dame et Messire,Que vous ririez de moi.
Voici le vent d’automneSur mon âme et les fleurs ;Et pourtant je m’étonneDe tout ce ciel en pleurs.Ô rose de mon rêve,Fleuriras-tu jamais ?Naîtras-tu de sa sève,Amour, aux futurs Mais ?…
Des fleurs du soir plein tes mains,Tous les cieux dans tes yeux,Et l’espoir des lendemainsDans tes yeux et les cieux,Tu vins par la plaine jauneEn ce froid mois d’automne,Ô la donneuse d’aumôneDont le pauvre s’étonne.
Chantons de vieilles chansonsPour l’amour du passé,Et tels des enfants lançonsTes fleurs au jour lassé.On dit que sur la montagneTombe déjà la neige,Mais qu’importe à qui regagneL’âtre où le feu s’abrège ?Ce sera bientôt pour nousBaisers et bon sommeil,Mienne, et dans nos bras jalouxL’oubli du vieux soleil.
Ô paix de ce pays d’iciOù jadis nous nous aimâmesPar nos corps et par nos âmes,Ô paix de ce pays d’ici !Le crépuscule dans les arbresDont tous les oiseaux sont fousDe s’être aimés comme nous,Le crépuscule dans les arbres !
Et ce fleuve sous la forêtOù, sœur folle des automnes,Tu cueillais les anémones,Et ce fleuve sous la forêt !Sais-tu ce que nous dit le fleuveQui pleurait dans les roseaux— Soupirs des vents et des eaux —Sais-tu ce que nous dit le fleuve ?Il nous dit : Craignez la forêtDont au carrefour des doutesOn ne connaît plus les routes.Il nous dit : « Craignez la forêt ! »Mais nous n’avons pas peur des arbresLourds du tumulte des volsEt des chants des rossignols ;Mais nous n’avons pas peur des arbres.
Ô paix de ce pays d’ici,La voix des eaux est mensonge,Et tu ne peux être un songe,Ô paix de ce pays d’ici.
Des lauriers, des lilas et des lysPour ma sœur des oiseaux,Qui pleure les jours de jadisAu bord des eaux !Le fleuve se hâte sous le vent,Vite, comme un oubli,Vers la mer de la mort, avantL’effort faibli.
Ô sœur ! ô sœur ! où sont les oiseauxPépiant à tes doigtsLorsque tu soufflais aux roseauxL’âme des bois ?Ce vent venu du pays des fousRebrousse au loin leurs vols ;Ma sœur, va prier à genouxLes rossignols !Oublie un peu que tout a étéTel un rêve en sommeil :Les fleurs et les oiseaux d’étéEt le soleil.Des nénufars blancs et des irisPour ma sœur des oiseaux,Et pleurons les jours de jadisAu bord des eaux !
Ô ma dame des pavotsSi pâle en ta robe d’automne,Pourquoi pleurer les renouveauxMorts en ce fleuve monotone ?Tes rêves, au gré lent des eaux,Voguent vers des mers morosesPar où volèrent les oiseauxAu pays des fleurs toujours roses.
Le chemin connu de nos pasSe perd sous la nouvelle lune ;Ma Dame, ne sais-tu pasQuel désir d’oubli m’importune ?Soyons les amants du sommeilAu vent qui souffle sur les feuilles ;Oublions le nom du soleilSous les pavots que tu cueilles.
Élise, Liliane,Gertrude, VivianeEt sœur Isabelle !Chacune sous la luneChantant l’une après l’une,Si belle ! si belle !Des iris et des lisSous les volubilis
Du jardin des pleurs !Vos parfums firent peurÀ mon si faible cœur,Ô les fleurs ! les fleurs !Folie, ouvre les portesDe ce jardin de mortesÀ la saison qui sonne !C’est les cloches, les clochesChantant aux vallons prochesL’automne ! l’automne !Élise, les iris,Liliane, les lis,Ô femmes ! ô fleurs !Quel fut donc mon chagrinDans cet ancien jardinDes pleurs — de mes pleurs ?
Ô Passantes, faites le signeDu pardon et de l’infortuneSur l’âme qui meurt comme un cygneBlessé par l’archer de la lune.Un chien noir aboie à la luneAu fond de la forêt du cygneOù les sept sœurs de l’infortuneCueillent des fleurs, et font un signe.
Quel fut donc le sens de ce signeQui flétrit de son infortuneLes fleurs chastes comme le cygneDont l’essor saigne sous la lune ?Ô les Passantes de la lune.Lancez un anneau d’or au cygneEt partez, sœurs de l’Infortune,Vers les amants qui vous font signe.
Au bord de la lointaine grèveOù nous conduisit la Chimère,Puisez dans la coupe du rêve,Ô mes frères, cette onde amère.En l’azur du soir les sirènesNous chanteront, surnaturelles,L’histoire des rois et des reinesQui moururent d’amour pour elles.
Oubliez le casque et l’épéeDont la cime et la lame en flammeTonnèrent dans mainte épopée.Vainement, pour l’Or et la Femme.C’est ici le pays du rêve ;Abreuvez-vous de l’onde amère,Ô frères, au bord de la grèveOù nous conduisit la Chimère.
Au son des tambours et des cymbales,Ils s’en venaient par les routes roses,Chantant et lançant en l’air des ballesQu’ils rattrapaient, experts à ces choses,Dans des coupes. Ils allaient aux fêtesOù l’on couronne les fous de roses.Et par la bride ils menaient des bêtesAux housses de pourpre, avec des plumesÉnormes qui tremblaient sur leurs têtes.
Puis dans l’azur matinal des brumesFilèrent des chars d’or où les bellesSonnaient les grelots de leurs costumes.Dans la venelle, des ribambellesD’enfants dansaient devant la parade.À leurs poings tremblaient des colombelles.Or quand eut passé la mascarade,Je rêvai d’aller mimer l’amourComme eux, sur les tréteaux et l’estrade.Et depuis les chansons de ce jourMon âme éprise de toutes feintesGuette au bord des chemins le retourDes baladins et des femmes peintes.
Je suis né dans une ville d’orDont au crépuscule tours et dômesReflètent leur irréel décorDans des mers qui baignent des royaumes.Il y passe, sous des étendards,Des rois fous d’avoir suivi la luneJusqu’à la pâle île des brouillards.Et du port l’on voit, l’une après l’une,
Fuir, ouvrant la voile au vent lointain,Des galères d’or aux hautes poupesOù des reines lourdes de butinBoivent le sang du soir dans des coupes.La ville est maudite de CeluiDont le temple est désert sur la placeDepuis que ses prêtres blancs ont fuiSous les pierres de la populace.Et des monts où les gardiens des toursHérissent leurs armes vers les astres.Un soudain tonnerre de tamboursTombe, tremblant aux futurs désastresQui feront hurler d’horreur les roisBlottis comme des gueux sous les porches.Et siffler le feu jusqu’aux beffroisSonnant l’heure des porteurs de torches.
Mon royaume est plein de cavalcadesCaracolant vers des plaines d’orAux fanfares magiques d’un corQui décèlera les embuscades.Vers l’Occident surgissent, vermeils,Les pinacles de la Cité sainte,Où dix mille étendards, sur l’enceinte,S’empourprèrent du sang des soleils.
Tôt tonneront, avec les cymbales,Les tympanons des Barbares noirs,Signal de la bataille des soirsQui cabrera les pâles cavales.Les haches heurteront de l’estoc,Les casques incrustés d’escarboucles,D’où s’écrouleront, rouges, les bouclesDes Païens rebroussés sous le choc.Et leur Prince, sonnant les alarmes,S’échouera dans les flaques de sangAux foudres du cor retentissantPar-dessus le vacarme des armes.Je tordrai dans mon poing les cheveuxDes folles qui pleurent sous les tentesLa déroute des hordes chantantesDont elles assouvissaient les vœux.
Que l’on danse d’amour devant l’ArcheQui nous mène, au rire des clairons,Vers la rive où, doux, nous puiseronsL’oubli de la lutte et de la marche !Je vous livre tout l’or du Trésor,Ô vous de la croisade des rêves,Et les gemmes frivoles des grèvesD’où la tarasque prend son essor.Car seul dans le temple du SilenceOù mourra la voix de vos adieux,Je veux ravir, comparable aux dieux,La Coupe, la Couronne et la Lance.
L’étendard que mon bras de rebelleDéroula sur les terres du rêveTremble aux tours du palais de la BellePour que son peuple en rie. Et le glaiveQue trempa dans le sang des chimèresQuelque héros aïeul de ma race,S’est brisé dans mes mains éphémèresContre l’Ange à la rouge cuirasse.
Prince de si triste renommée,Me voici, revenu des désastres,Sur la route où jadis mon arméeChevauchait en chantant vers les astres.Nul, hélas ! n’enguirlande de rosesCette lance où miroite la lune.Ah ! les jours de retour sont morosesAux maudits de la mâle fortune !La douce diseuse d’aventureQui pleura sur le seuil de sa porteQuand je lus dans l’occulte écriture,Je sais par les signes qu’elle est morte.Et mon âme qui d’amour tressailleRevole vers la terre du rêve,Où vaincu dans l’ultime batailleJe perdis l’Étendard et le Glaive.
Je suis ce roi des anciens tempsDont la cité dort sous la merAux chocs sourds des cloches de ferQui sonnèrent trop de printemps.Je crois savoir des noms de reinesDéfuntes depuis tant d’années,Ô mon âme ! et des fleurs fanéesSemblent tomber des nuits sereines.
Les vaisseaux lourds de mon trésorOnt tous sombré je ne sais où,Et désormais je suis le fouQui cherche sur les flots son or.Pourquoi vouloir la vieille gloireSous les noirs étendards des villesOù tant de barbares servilesHurlaient aux astres ma victoire ?Avec la lune sur mes yeuxCalmes, et l’épée à la main,J’attends luire le lendemainQui tracera mon signe aux cieux.Pourtant l’espoir de la conquêteMe gonfle le cœur de ses rages :Ai-je entendu, vainqueur des âges,Des trompettes dans la tempête ?
Ou sont-ce les cloches de ferQui sonnèrent trop de printemps ?Je suis ce roi des anciens tempsDont la cité dort sous la mer.
Je suis mort au bord de la grèveD’un pays dont je fus roi :Las moi ! qu’ai-je trompé le rêveDes blancs guerriers de la foi ?Leurs trompettes d’or dans l’automneTonnent, et leurs cris de deuilVibrent dans le vent monotoneQui souffle sur mon cercueil.
Dans ma main se rouille l’épéeQui flamba sur maints combatsQuand les chantres de l’épopéeSuivaient l’éclair de mes pas.Tout est fini. La RenomméeNe sacrera plus ce frontDes fraîches palmes d’IduméeQui sauvent de tout affront.Et les vierges qui par les routesSemaient sous mon char des lys,Je crois qu’elles vont s’enfuir toutes,Riant des jours de jadis.Pourquoi pleurer les infidèlesEn mon éternel sommeil ?Je sais que quand les hirondellesVoleront vers le soleil,
Tu viendras, ô Reine du rêve,De l’hiver des mers du Nord,Ravir mon âme vers la grèveOù tout souvenir s’endort.
Roses trop rouges de mon désir,Je vous effeuille au bord de cette ondeOù venait se mirer le PlaisirSous son masque usé comme le monde.Du bleu des monts où naît le matinCent bateaux dont la poupe se bombeSe laissent voguer, lourds de butin,Vers la mer où le soleil succombe.
Mon âme amante des nénufarsVoit passer devant elle la flotteBrave de clairons et d’étendardsSans ouïr l’appel du roi-pilote.C’est demain le réveil en la merPour ceux-là qui descendent le fleuve.— Écoute les cloches de l’hiver,Qui sonnent pour les autres l’épreuve.Et prie à genoux parmi les fleursRoses trop rouges que tu tortures,Nénufars où pleurent tes douleurs.Pour tous les fous de ces aventures.La nuit douce à tes souvenirs lasPose ses pas d’oubli sur la grève.Dors au pays des fleurs et des glasEt rêve que la vie est un rêve.
La porte de la triste maisonOù s’abrita le rêve des ansS’est close aux neiges de la saisonDont frissonnent les nouveaux enfants.La route ne connaît plus les roisQui passaient dans des bruits de tambours,Ni les prêtres droits sous leurs orfrois,Ni les bouffons et les troubadours.
Vainement les pauvres impotents,Leurs pieds sur le seuil, chantent en chœurD’importunes chansons du vieux tempsSous le houx qui saigne comme un cœur.Celle et celui qui leur donnaient l’orSont morts d’avoir eu peur de l’hiverDans la maison où l’horloge encorMarque, sans le savoir, l’heure d’hier.Le jardin se perd vers les confinsDe la forêt interdite au jourQui hérisse en menace ses pinsAutour des trois croix du carrefour.Et contre le crépuscule rouxL’on voit fuir sous les corbeaux du sort,Comme une horde noire de loups,Les vengeurs qui hurlent à la mort.
Le lierre noir et la rose églantineDéfendent les portes du jardinOù le soir d’un printemps qui s’obstineEst tout d’azur et d’incarnadin.Dehors s’éplorent les folles fontainesQui virent mi-mort d’amour l’EnfantVenu par les routes incertainesVers ce seuil du rêve triomphant,
N’ayant connu ni la magique épéeQue ne rouille pas le sang des fleurs,Ni la parole de l’épopéePar laquelle s’enfuit l’heure en pleurs,Il s’agenouilla, très las, dans la poudreDe la route ouverte à tous les pasOù les chars font le bruit de la foudreEt leurs sonnailles celui d’un glas.Quelles flûtes se dirent, dans les roses,La victoire du soir sur celuiQui crut servir l’esprit et les chosesDu lendemain et de l’aujourd’hui ?Ô pâle Enfant désireux des corolles,Close longtemps est la porte d’orQue seules descellent les parolesDe ceux qui veulent le vrai trésor.
Laisse-toi donc dormir hors de l’enceinteOù chante le dernier rossignol ;Sache croire que l’attente est sainte,Et donne à tes seuls rêves leur vol.Et peut-être enfin les portes de flammeS’ouvriront-elles à ton appelSous l’aube où les fleurs, ayant une âme,En feront sauter le triple scel.
Mon âme tant malade s’endort,Sœur, au son de ta chanson nocturne :Un lys noir a fleuri dans l’urne,Le roi de ce pays est mort.De lointains luths scandent tes parolesQue je ne comprends plus, ô ma sœur.Semez, mes mains, avec douceurDes étoiles et des corolles.
Oh ! du silence pour écouterCe que soufflent les anges funèbres :Drapeaux du roi dans les ténèbres,L’heure des fous vient de tinter.Des vols d’aigles tonnent sur ma tèteDont s’ensanglantèrent les regards :Ô mort, ouvre tes yeux hagards,Dans la tempête, à la conquête.Mes rêves noirs ont pris leur essorVers une ville à la tour penchée :Voici passer la chevauchéeDes princes sous la lune d’or.Oh ! des baisers, ma sœur, sur mes lèvres,Et tes mains sur mes yeux, ou je meurs :Tôt hurleront toutes les peursDans le rouge palais des fièvres.
Plus de lune ! mon âme s’endort,Tant folle, à cette heure taciturne :Un lys noir a fleuri dans l’urne,Le roi de ce pays est mort.
Les sept fontaines sont tariesQui jaillissaient dans la grand’placeDe la ville où la populaceAccourait rire aux féeries.Sur le palais dont les cent porchesNe s’ouvriront plus à l’attente,Tombe la nuit épouvantante,Lourdement, sans bruit ni torches.
La danse est dansée aux terrassesOù ne vibreront plus de cordes :Le Conquérant, avec ses hordes,A passé, fuyant ses traces.Seule parmi les fleurs fanées,Celle qui survit la vieFile en chantant à voix ravieLe lin rouge des années.Là-bas la route des désastresMonte vers la montagne sombreOù la Fileuse entend, dans l’ombre,Tonner la chute des astres.
Rouge en la cathèdre royaleParmi les trompettes de fer,Elle impose en reine d’enferSes lois à la gent déloyale.D’un bandeau de pourpre à clous d’orS’écroule l’azur de ses bouclesJusqu’à ses doigts lourds d’escarbouclesQui serrent la clef du trésor.
Sur sa simarre à larges barresRayonne au soleil des orfroisLe féroce blason des roisQui massacrèrent les barbares.
— Dans la salle des étendardsC’est soir d’affolante épouvante ;Sur les routes il pleut et vente,Au gibet dansent les pendards.Une trompette sonne et tonneAu haut de la tour du manoir,Et l’on entend au fond du noirLes pas du bourreau qui tâtonne.
Ce qu’oyant, le fou de la cour,Dont tinte en tremblant la marotte,Chante de sa voix qui chevroteUn ancien virelai d’amour.
Sur la couche à lourdes courtinesQue froisse son singe badin,La Reine étrangle un baladinDe ses étreintes serpentines.Dans l’ombre des couloirs couvertsD’où jaillit un éclair de baguesSifflent, hors des fourreaux, les daguesDes pages pervers aux yeux verts.
Et les flambeaux chus des pilastresOnt mis feu, sous le vent des pas,Aux plis frissonnants des lampasFleuris d’or comme les vieux astres.
C’est la révolte et les bûchersEn la nuit de la décadenceOù le peuple aux yeux jaunes danseAutour du tocsin des clochers.Et du haut d’une hallebardeOù s’enroule un obscène écrit,La tête de la Reine ritAux crachats sanglants de sa garde ;
Rit ! car en le secret trésorQu’ont à jamais sacré les flammes,Sous la cendre des oriflammesResplendit sa couronne d’or !
I. L’enchanteresse de Thulé
II. Des rossignols chantant à des lys
III. Mon front pâle est sur tes genoux
IV. Je crois, folle, que tout l’automne
V. Au temps de la mort des marjolaines
VI. Viens, très douce, rêver aux heures
VII. Tu vins vers moi par les vallées
VIII. Ce fut en un soir où les chansons
IX. Une nuit, sous la terrible lune
X. Ô narcisses et chrysanthèmes
XI. Nous avons quitté ce soir la grand’ville
XII. Je ne sais plus par quelle contrée
XIII. La nuit, dans un pays de fleurs
I. Mon âme en une rose
II. Des fleurs du soir plein tes mains
III. Ô paix de ce pays d’ici
IV. Des lauriers, des lilas et des lys
V. Ô ma Dame des pavots
VI. Élise, Liliane
VII. Passantes, faites le signe
I. Au bord de la lointaine grève
II. Au son des tambours et des cymbales
III. Je suis né dans une ville d’or
IV. Mon royaume est plein de cavalcades
V. L’étendard que mon bras de rebelle
VI. Je suis ce roi des anciens temps
VII. Je suis mort au bord de la grève
VIII. Roses trop rouges de mon désir
IX. La porte de la triste maison
X. Le lierre noir et la rose églantine
XI. Mon âme tant malade s’endort
XII. Les sept fontaines sont taries
XIII. Rouge en la cathèdre royale
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