Puisque le cors blessé, mollement estendu
Et je me resouviens des célestes flambeaux,Comme le lis vermeil de ma dame faict naistreUn vermeillon pareil à l’aurore des Cieux.
Je voy mon lict qui tremble ainsi comme je fais,Je voy trembler mon ciel, le chaslit et la frangeEt les soupirs des vents passer en tremblottant ;Mon esprit tremble ainsi et gemist soubs le faisD’un amour plein de vent qui, muable, se changeAux vouloirs d’un cerveau plus que l’air inconstant.
Puis quant je ne voy’ rien que mes yeux peussent voir,Sans bastir là dessus les loix de mon martyre,Je coulle dans le lict ma pensée et mes yeux ;Ainsi puisque mon ame essaie à concevoirMa fin par tous moyens, j’attens et je désireMon corps en un tombeau, et mon esprit es Cieux.
PRESSÉ de desespoir, mes yeux flambans, je dresseA ma beauté cruelle et baisant par trois foisMon pongnard nud, je l’offre aux mains de ma déesse,Et laschant mes souspirs en ma tremblante voix,Ces mots coupez je presse :
Belle, pour estanctier les flambeaux de ton ire,Prens ce fer en tes mains pour m’en ouvrir le sein.Puis mon cueur haletant hors de son lieu retire,Et le pressant tout chault, estouffe en l’autre mainSa vie et son martire.
Ha Dieu ! si pour la fin de ton yre ennemieTa main l’ensevelist, un sepulchre si beauSera le paradis de son ame ravie,Le fera vivre heureux au milieu du tumbeauD’une plus belle vie !
Mais elle faict sécher de fièvre continueMa vie en languissant, et ne veult toutesfois.De peur d’avoir pitié de celuy qu’elle tuë,Rougir de mon sang chault l’ivoire de ses doitzEt en troubler sa veuë.
Aveugle ! quelle mort est plus doulce que celleDe ses regards mortelz et durement gratieux
PLEUREZ avec moy, tendres fleurs,Aportez, ormeaux, les rozées
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