Chansons de route — Lettre a l’ambulancière

LETTRE À L’AMBULANCIÈRE

Sur l’air de « La Lettre du Sergent aux Gardes ».

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I

« Madame, C’est pour un ami,Laissé pour mort à l’ennemi,Que je vous écris cette lettre.Pardon si ma main tremble un peu,Mais il s’agit d’un tel aveu,Qu’il va vous offenser, peut-être :

Mon pauvre ami, dès le débutDe l’atroce guerre, ayant euLe front meurtri d’un coup de lance,S’est épris des jolis yeux doux,Madame, d’une amie à vous…… À l’ambulance !

II

« Comme il n’était qu’humble sergent,Que ses pauvres galons d’argent,Guéri, le replongeaient dans l’ombre,Soutirant encor, sans dire un mot,Sur sa demande, au « front », là-haut,Il s’en alla, le cœur bien sombre ;Et, depuis lors, au premier rang,Tour à tour riant et pleurant,Ne voulant songer qu’à la France,Il songeait à sa « dame » encor,En n’espérant que de la Mort,La délivrance.

III

Et la Mort l’exauçant enfin,À Dixmude, hier, au matin,Un obus retentit à terre…Et le voici, près de mourir,Qui rêve, oublieux de souffrir,À la mignonne Ambulancière ;Il est là, souriant toujours,Refusant tous soins, tous secours,Tout près d’entrer en agonie,Et baisant trois brins de jasminQu’il reçut un jour de la mainDe… votre amie !

IV

« Mais voici le pauvre garçon,Tout secoué d’un grand frisson,Sa voix tremble et son œil se creuse…— Allons !… c’est la fin… Vite, adieu !Pour moi, quelquefois, priez Dieu.Je meurs content… vivez heureuse…Car le blessé jadis guériEst le même qui vous décritSon chaste et sanglant petit drame.Et la « dame » pour qui je meurs,Dont je baise, en mourant, les fleurs,C’est vous, Madame !… »

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