Bouquet de “La Tour d’Auvergne” (Le)

Coups de clairon

de

LE BOUQUET DE LA TOUR D’AUVERGNE

Poème récité par l’auteur, au pied de la statuedu héros breton, à Carhaix,lors des Fêtes du Centenaire, le 27 juin 1900.

Salut à toi, Carhaix, ville à jamais sacréeDe nous avoir donné le Breton le plus pur !Tu règnes fièrement au cœur de la Contrée,Assise aux flancs rocheux des montagnes d’Arrée,Les deux pieds dans l’Hière et le front dans l’azur !Salut à toi, Carhaix, la Celte et la RomaineQui vis Grallon, après César, baiser ta main !

Tu donnas à ton Fils une âme surhumaine,Un grand cœur fraternel ignorant de la Haine,La Bravoure du Celte et l’Orgueil du Romain !Ton Fils était encore — douce Cornouaille ! —Un savant qui, la nuit, sourd à toute rumeur,Sur des feuillets noircis courbait sa haute taille ;Le champ de l’Idéal et le champ de BatailleFurent ensemencés par ce vaillant semeur ;Maniant, tour à tour, et la plume et l’épée,Trente ans il s’en alla par l’Europe, en vainqueur !Il fut un des Héros de la grande ÉpopéeJusqu’à l’heure où la Mort, de Gloire enveloppée,— Cent ans, à pareil jour — lui transperça le cœur

Et voici qu’aujourd’hui s’en sont venus en fouleCeux qui gardent encor le respect des Aïeux ;Écoute bien, Carhaix : avec un bruit de houleLeur flot monte vers toi, monte encore… et s’écrouleAux pieds du Grenadier stoïque et glorieux !Les guerriers, en chantant, sont venus à tes Fêtes,Répondant à l’appel du triomphal Clairon :Les vieux aux fronts blanchis, les « bleus » aux blondes têtes,Ceux qui saignent encor des dernières DéfaitesPrès de ceux qui demain — qui sait ? — les vengeront !

Voici les Héritiers de la noble phalangeDu « quarante et sixième », où le grand Cœur meurtri,Frappant les ennemis d’une terreur étrange,Flamboyait au combat comme un glaive d’Archange :Leur devise est : « Potius mori, quam fœdari ! »Regarde bien, Carhaix : du sol jusqu’à leurs faîtesTes rustiques maisons se remplissent d’amis :Français, Bretons, bergers couverts de peaux de bêtes,Citadins et fermiers, matelots et poète…Dont moi, le plus petit des Bardes du Pays !…

Pour te fêter, ô rude Ancêtre !J’ai voulu t’offrir un bouquetDigne de toi : bouquet champêtre,Un peu trop rustique, peut-être,Mais bien Breton, sinon coquet ;Je suis parti par la campagneEt, le long des blés verts encor,

Ma Chanson pour seule compagne,J’ai cueilli ces fleurs de BretagnePour en fleurir l’Enfant d’Arvor :D’abord le Bleuet, ce brin d’herbeQue fleurit un regard d’enfant ;Puis la Marguerite superbe ;Puis encor, pour finir ma gerbe,Le Coquelicot triomphant !Et, lorsqu’au-dessus de ma têteJ’ai brandi mon bouquet chéri,Au milieu des blés, l’alouetteChanta son plus beau chant de fêtePour fêter le Drapeau fleuri !C’est alors qu’une Voix lointaine,— Venait-elle du Panthéon ? —Une voix, perceptible à peineMêlée aux brises de la Plaine,M’a dit : « Mets aussi de l’ajonc ! »Et, docile à cette prière,J’ai dû — m’ensanglantant les mains —Cueillir, non la douce bruyère,Mais, au sommet des murs de pierre,L’ajonc qui borde nos chemins !Des ajoncs ! des ajoncs encore :La Tour d’Auvergne en veut sa part !Que la sauvage et rude floreAutour du Bouquet tricoloreFasse un imprenable rempart !

Ainsi, lorsque le canon tonne,Près du Drapeau nous nous rangeons !Ohé ! les gâs que rien n’étonneSi l’ajonc est la fleur bretonneLes Bretons sont des fleurs d’ajoncs !Oui, que vienne la Guerre iniqueEt le Drapeau sera sauvéPar nous, les Français d’Armorique !Ohé ! qui s’y frotte s’y pique :La Tour d’Auvergne l’a prouvé !

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