La Noël du petit Boër

Coups de clairon — Les Boërs

À S. M. la Reine Wilhelmine.

LA NOËL DU PETIT BOËR

Vaincu, mais le cœur encore fermeDolent, fiévreux, à demi-nu,Le soir de Noël, vers sa fermeLe petit Boër est revenu…… N’a retrouvé de sa demeureQu’un long pan de mur tout noirciQui semblait dire : « Tout à l’heureLes Anglais sont venus ici ;

Après avoir, par la grand’plaine,Chassé les femmes, les petits,Ils ont, pour assouvir leur haine,Tout brûlé… puis ils sont partis ! »Si bien qu’en ce beau jour de fêteLe Boër qui vient de guerroyerN’a plus, pour reposer sa tête,Que la pierre de son foyer !

Mais, subitement, le jour tombe ;Il n’entend, dans le soir obscur,Qu’un roucoulement de colombeQui sort d’un des trous du vieux mur.Ses pieds lui font mal : le pauvre êtreMet ses souliers auprès de luiEt, priant Celui qui va naitre,Il s’endort en l’horrible nuit ;Il dort… la colombe s’élanceEt le laisse, en la nuit, plus seul ;Il dort… et l’Ombre et le SilenceLui tissent un double linceul.Il dort, le pauvre ! Il dort sans trêvePar ce soir de Nativité.Il dort en faisant un beau rêveDe Travail et de Liberté !

Il dort en l’oubli des misères…Mais, comme il se réveille, au jour,Au bruit de deux ailes légèresEt d’un roucoulement d’amour,Il voit que la colombe blancheDépose en son pauvre soulier,Du bout de son bec, une branche,Un petit rameau d’olivier !

envoi

Petite Reine, douce et belle,Du pauvre vaincu soucieux

C’est Vous la Colombe fidèleQue son œil guette dans les cieux !

(Noël 1901.)

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