Le petit fusil de bois
Les Chants du bivouac
LE PETIT FUSIL DE BOIS
Romagny !… Le beau villagePar ce jour ensoleillé !Mais, nul n’y rit au passage :Il a l’air tout endeuillé !Il l’est, en effet, d’un crimeHélas ! des plus révoltantsPuisque la douce victimeN’avait pas encor sept ans.
Tout au début de la GuerreUn gai petit AlsacienDebout au seuil de sa mèreTenait un fusil, le sien :Un flingot bien à la tailleDe ses deux tout petits poings,Terrible engin de batailleDe vingt sous, peut-être moins.Soudain, voici que déboucheL’avant-garde d’AttilaBrandissant, déjà farouche,Des « Mausers » — des vrais, ceux-là —Et la chose énerve et vexeCe petit-fils des Gaulois :Par un mouvement réflexe,Levant son fusil de boisIl l’épaule — ô crime horribleDont la Victoire dépend ! —Il vise, imitant — terrible ! —Les coups de feu : pan, pan, pan !À ce geste du bon môme(Poulbot revu par Hansi)Un des soldats de GuillaumeRépond à coups de fusil !Il tombe, le pauvre gosse ;Il appelle sa maman ;On l’achève à coups de crosse :« Gloire au Kaiser allemand ! »
« Hoch ! Gott mit uns ! Gloire ! gloire ! »Wolff annoncera demainCette première VictoireDu vaillant Peuple germain !
Moi, j’ai conté ton histoire,Enfant-martyr, doux héros,Pour que l’on garde mémoireDu crime de tes bourreaux ;Et, si ton corps, petit brave,Peut se retrouver encorJe demande que l’on graveSur ta tombe, en lettres d’or :« Ci-gît l’enfant qui, naguère,Mit l’Allemagne aux aboisEn partant, contre Elle, en guerreAvec un fusil de bois ! »
(Romagny, 9 octobre 1914.)
Note de l’Éditeur :xxxx Le préfet du Territoire a écrit à l’auteur, après lecture de cette poésie : « Je réaliserai votre rêve, cher poète et ami : Après la Victoire, le petit gars de Romagny aura sur sa tombe l’épitaphe de Botrel. »
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