Le Sang des blessés
Les Chants du bivouac
LE SANG DES BLESSÉS
Blessés, mes frères, mes enfants,Je voudrais vous dire des chosesComme on en dit aux triomphantsPar les grands soirs d’apothéoses ;Je voudrais pleurer doucementSur votre chair endolorie,Étancher le sang noblementVersé pour la Mère-Patrie ;Et, de me sentir impuissantÀ soulager un peu vos peines,Je m’épuise… de tout ce sangQui coule de vos jeunes veines ;Et, moi, votre chantre, il me fautVous jalouser en ma nuit noire,Ô vous qui rayonnez, là-haut,Sur le seuil du Temple de Gloire !
Ô vous dont les siècles dirontQue, narguant fatigue et souffrance,Vous avez, en couvrant son « front »,Sauvé le cœur de votre France !Ô vous dont nos petit-neveux,Se sentant comme d’orgueil ivres,Apprendront les noms glorieuxEn les épelant dans des livres !Ô vous qui venez de verser— Victimes propitiatoires —Le Sang qui, seul, doit arroserLes palmes des justes Victoires,Ce sang qu’il faut pour le salutDes Peuples sur qui la Mort plane…Tout comme, autrefois, il fallutCelui d’un Christ et d’une Jeanne !
(Ambulances de Nancy, 4 Septembre.)
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