À Victor Hugo

Dans la fournaise

Père, doux au malheur, au deuil, à la souffrance !À l’ombre du laurier dans la lutte conquis,Viens sentir sur tes mains le baiser de la France,Heureuse de fêter le jour où tu naquis !

Victor Hugo ! la voix de la Lyre étouffée,Se réveilla par toi, plaignant les maux soufferts,Et tu connus, ainsi que ton aïeul Orphée,L’âpre exil, et ton chant ravit les noirs enfers.

Mais tu vis à présent dans la sereine gloire,Calme, heureux, contemplé par le ciel souriant,Ainsi qu’Homère assis sur un trône d’ivoire,Rayonnant et les yeux tournés vers l’Orient.

Et tu vois à tes pieds la fille de Pindare,L’Ode qui vole et plane au fond des firmaments,L’Épopée et l’éclair de son glaive barbare,Et la Satire, aux yeux pleins de fiers châtiments ;

Et le Drame, charmeur de la foule pensive,Qui du peuple agitant et contenant les flots,Sur tous les parias répand, comme une eau vive,Sa plainte gémissante et ses amers sanglots.

Mais, ô consolateur de tous les misérables !Tu détournes les yeux du crime châtié,Pour ne plus voir que l’Ange aux larmes adorablesQu’au ciel et sur la terre on nomme : la Pitié !

Ô Père ! s’envolant sur le divin PégaseÀ travers l’infini sublime et radieux,Ce génie effrayant, ta Pensée en extaseA tout vu, le passé, les mystères, les Dieux.

Elle a vu le charnier funèbre de l’Histoire,Les sages poursuivant le but essentiel,Et les démons forgeant dans leur caverne noire ;Les brasiers de l’aurore et les saphirs du ciel ;

Elle a vu les combats, les horreurs, les désastres,Les exilés pleurant les paradis perdus,Et les fouets acharnés sur le troupeau des astres ;Et, lorsqu’elle revient des gouffres éperdus,

Lorsque nous lui disons : Parle. Que faut-il faire ?Enseigne-nous le vrai chemin. D’où vient le jour ?Pour nous sauver, faut-il qu’on lutte ou qu’on diffère ?Elle répond : Le mot du problème est Amour !

Aimez-vous ! Ces deux mots qui changèrent le mondeEt vainquirent le Mal et ses rébellions,Comme autrefois, redits avec ta voix profonde,Émeuvent les rochers et domptent les lions.

Oh ! parle ! Que ton chant merveilleux retentisse !Dis-nous en tes récits, pleins de charmants effrois,Comment quelque Roland armé pour la justice,Pour sauver un enfant égorge un tas de rois !

Ô maître bien-aimé, qui sans cesse t’élèves,La France acclame en toi le plus grand de ses fils ;Elle bénit ton front plein d’espoir et de rêves,Et tes cheveux pareils à la neige des lys !

Ton œuvre, dont le Temps a soulevé les voiles,S’est déroulée ainsi que de riches colliers,Comme après des milliers et des milliers d’étoiles,Des étoiles au ciel s’allument par milliers.

Oh ! parle ! ravis-nous, poëte ! chante encore,Effaçant nos malheurs, nos deuils, l’antique affront ;Et donne-nous l’immense orgueil de voir écloreLes chefs-d’œuvre futurs qui germent sous ton front !

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