Celle qui chantait

Les Exilés

Celle qui chantait

Voix solitaire, ô délaissée !Victime tant de fois blessée,Chère morte dont l’âme eut faimEt soif d’azur, ô Marceline,Dors-tu, sous la froide colline ?As-tu trouvé le calme, enfin ?Quand, parmi la lente agonie,La douleur, qui fut ton génie,T’arrachait de tremblants aveux,Le souffle du maître faroucheEn passant déliait ta bouche,Et frissonnait dans tes cheveux.Pâle, vouée à ta chimère,Tes dents mordaient la cendre amère ;T’en souvient-il, t’en souvient-il,À présent que tes yeux sans voilesS’emplissent de flamme et d’étoiles ?Tu n’acceptais pas ton exil !

Tu t’écriais, inassouvie :Amour ! je veux, dès cette vie,Ton délire immatérielEt tes voluptés immortelles :Puisque l’âme a gardé ses ailes,Il faut bien qu’on lui rende un ciel !Non ! tout désir qui nous déchireN’est qu’un avant-goût du martyre !Non, l’univers déshérité,Où toute vertu saigne et pleure,Ne peut pas nous donner une heure,Fût-ce au prix de l’éternité.Qu’importe ! marchons vers le rêve.L’Ange a beau secouer son glaiveSur le seuil que cherchent nos pas,Rôdons aux portes entr’ouvertes !Cherchons sur les cimes désertesLa rose qui n’y fleurit pas !Allons-nous-en vers le mirage !Écoutons à travers l’orageLa voix qui nous a désignésPour la félicité sereine,Et que l’ombre à la fin nous prenne,Vaincus, mais non pas résignés.

Vous le savez, brises fécondes,Torrents qui roulez dans vos ondesUne poussière d’astres clairs,Cascades qui volez en poudre,Sapins noirs brisés par la foudre,Rochers mordus par les éclairs !Vous le savez ; et toi, nuit noire,Tu le vois, ce n’est pas la gloireQue suit le poète aux beaux yeux.Ce n’est pas pour elle, ô nature !Qu’il verse à la race futureUn flot de chant mélodieux.Ce n’est pas lui qu’on rassasieAvec cette vaine ambroisie ;Et dédaigneux du laurier vert,Au milieu de la multitudeIl garde la morne attitudeD’un sphinx regardant le désert.Mais quand ses odes ingénuesSur le front immense des nuesDevancent l’aigle et le vautour,C’est qu’il dit à l’antre sonoreLa brûlure qui le dévore,Seulement altéré d’amour !Octobre 1859.

Comentarios

Cargando comentarios…