Académie

Nous tous

XIXACADÉMIE

Les premières où l’on a droitD’adorer en secret sa mie,Ne sont vraiment en nul endroitPlus belles qu’à l’Académie.C’est là que les faiseurs de versEt que les chercheurs de microbesPeuvent tourner leurs regards versUn luxe éblouissant de robes.On y prononce des discoursQue demain Aix lira comme Arles,Et les meilleurs sont les moins courts ;Mais au fond, Worth, c’est toi qui parles !

Et tandis que le mot sonneurChante et fleurit dans l’air, on flirte,Et tu songes, ô moissonneur,À récolter bientôt le myrte.En ce temple, où l’on ne voit pasAthèna lever ses visières,Mazade a fait ses premiers pas :Mézières tenait les lisières.Les Immortels sont là chez eux,Et pour ne pas choir, on y marcheLentement, comme sur des œufs.Cette Académie est une arche.Quand Pierre y dit vrai, Paul y ment.Cette fois les deux adversairesSe sont parlé très poliment,Avec les douceurs nécessaires.Mazade n’a pas lu Nana.Son âme, de fiel dépourvue,Est profondément chaste. Il n’aJamais aimé que la Revue

Des Deux Mondes. Il trouve laidsTous les vains suiveurs de mantilles.En somme, il donnerait tous lesRimeurs, pour un plat de lentilles.Mézières, qui nous a sonnéLa charge, est moins pur. J’en soupire.Il est vaguement soupçonnéDe connivence avec Shakspere.Même son nom, — c’est apparent, —Nous révèle un peu ses fredaines,Et nous montre qu’il est parentAvec la forêt des Ardennes.Il a connu le grand boucherEt, dans son contact énergique,N’ayant pas craint de le toucher,Il s’est taché du sang tragique.Ô deuil, ô souvenir amer,Ô mystérieuse brûlure !Toute l’eau de la vaste merNe lavera pas la souillure !

On sourit pourtant, voyez-vous ?Parfois les belles indolentesGardent leurs regards les plus douxPour les héros aux mains sanglantes.

14 décembre 1883.

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