Aveu

Nous tous

XCIAVEU

On lui disait : Mademoiselle,Faites votre confession.Rire est joli ; mais être oiselleN’est pas une profession.On admire votre corsageEt ce bel œil intelligent ;Mais pour être tout à fait sage,Économisez de l’argent.Si votre beauté fulguranteÉblouit toujours le miroir,Achetez des coupons de renteEt mettez-les dans un tiroir.

Car un jour viendra, jour de jeûne,Où, le doux printemps ayant fui,Vous serez jeune, mais moins jeuneQue vous ne l’êtes aujourd’hui.Lors, pour braver les épigrammesEt garder les amants épris,Il faudra des cheveux pour dames ;Vous savez qu’ils sont hors de prix.On lui parlait ainsi. Mais elleRépondit, fugitif éclair :Merci, messieurs, pour votre zèle ;J’ai la lèvre rouge et l’œil clair.Je m’amuse, et la vie est douce ;Regardez ma petite main.Je roule et n’amasse pas mousse,Comme la pierre du chemin.Et je ris. Être ou ne pas êtreGaie, est la seule question.Je ne prendrai personne en traître,Pas même le prix Montyon.

J’erre, en emplissant ma corbeilleDes lys où l’aube a mis ses pleurs,Et j’aspire, comme l’abeille,Le suc des odorantes fleurs.Thésauriser m’est impossible.J’égrène ma folle chanson,Et puis, j’ai le tort invincibleD’être aimante — comme chausson !

11 mars 1884.

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