Carême
Nous tous
LXXXCARÊME
Le mardi-gras, ayant pu voir,Le long du boulevard, trois masquesEt deux tout petits à l’œil noirAgitant des tambours de Basques ;De plus, en habit vermillonAyant vu trois joueurs de trompeExécuter leur carillon,Comme on sonne, quand on se trompe ;Mortifiant ses sens domptés,Guy, dont les sentiments sont tendres,Pour expier ces voluptésA fait son mercredi des cendres.
Sur une chaise en bois de teck,Il mangea des pommes de terre,Mais qui n’étaient pas au beefteck,Dans une chambre solitaire.Puis il monta, le long du Bois,Un cheval, une ombre, une ellipse,Mince, effaré, pâle, aux abois,Et sorti de l’Apocalypse.Puis, dans une expositionTrès intéressante, où deux nègresSe promenaient sans passion,Il alla voir des dessins maigres.Le soir, son esprit se peuplaD’effrois ; il alla dans le mondeEt très longuement contemplaUne dame extrêmement blonde.N’offrant nulle prise à l’enfer,Elle était mince et transparente ;On aurait dit un fil de ferSans nulle saillie apparente.
Rentré chez lui, Guy lut des versTrès sages, dont jadis nous rîmes,Purs de tout ornement perversEt même dénués de rimes.Tel, évitant même l’esprit,Que toujours Alphonse Karr aime,Guy, dont la douceur me surprit,A bien commencé le carême.
29 février 1884.
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