Chez M. Caro
Nous tous
XVIICHEZ M. CARO
Le gai soleil, goutte à goutte,Ruisselle par un carreauDans la chambre où l’on écouteLe cours de monsieur Caro.Les coquettes anxieuses,Les femmes au cœur aimantSont toutes délicieuses ;Le professeur est charmant.Frêles mains souvent chantées,Prunelles de fin veloursQui se baissent, enchantées,Sous de grands cils presque lourds ;
Merveilleuses cheveluresDont l’or à nos âmes nuit,Ou bien dont les anneluresSont plus sombres que la nuiProfils aristocratiquesD’un grand style essentiel,Et petits nez socratiquesÉvaporés vers le ciel ;Chastes fronts d’apothéoses,Lèvres où le désir bout,Claires, sanglantes et rosesLe froid soleil baise tout.Le magicien qui berce,Exempt de sévérité,Ces curieuses, leur verseLe vin de la vérité.Il leur dit le grand problèmeEt le mot du rêve obscur,Et l’avenir qui sort, blêmeEt tremblant, du sombre azur.
Mais comme Ève est une chattePlus vive qu’un feu follet, —Ainsi que dans une jatteUne chatte boit du lait,Cependant qu’avec largesseIl précipite son chant,Elles boivent la sagesseTrès vite, en se pourléchant.Et quand elles sont bien saoulesDu vrai quintessencié,Ces vertigineuses foules,Ce peuple licencié,Ces fidèles, que décoreUn bel air de repentir,Ont l’air d’avoir soif encoreCependant il faut partir.Lorsqu’après ces boustifailles,Sous les gracieux habitsEt les satins et les faillesIl faut compter ses brebis.
Fronts d’or, mines enfantines,Rougeurs des beaux petits doigts,Lys purs, lignes serpentines,Tout, tout célèbre à la fois, —Rayons, cassures d’étoffeEt chastes blancheurs de peau, —Amour et le PhilosopheBergers du même troupeau.
14 décembre 1883.
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