Galatea

Nous tous

XLVIIGALATEA

Pailleron, ce vrai sage,Est donc, selon l’ancienUsage,Académicien !Son discours, où tout sonneComme l’or, n’a léséPersonne :Prodige malaisé !Chez lui l’esprit abonde,Et s’il ravit et pritLe mondeQue charme encor l’esprit,

C’est qu’avec sa folieChantant sous le ciel bleu,ThalieEst toujours dans son jeu ;Et tendrement folâtre,À l’Institut comme auThéâtre,La Nymphe au vert rameau,Légère sur les planches,Lui sourit avec sesDents blanches,Et le mène au succès.C’est bien, Académie,D’avoir en ton giron,Ma mie,Accueilli Pailleron ;Mais plus d’un, à cette heure,Pour vous brûle d’amourEt pleure.Madame, à qui le tour ?

Veuve souvent trompée,Ne poussez pas à boutCoppée,Ni le subtil About.L’un célèbre (il est nôtre !)Marguerite au rouet,Mais l’autreEst un fils d’Arouet.Sans qu’on vous morigène,Si le choix hasardeuxVous gêne,Prenez-les tous les deux.Ah ! cette Académie,Dans son rêve indolentBlêmie !Si l’homme est un volant,Elle tient la raquette !Être plus qu’il ne fautCoquette,Est son plus cher défaut.

Tenez ! voyez-la ! commeElle jette, en riant,La pommeÀ qui va la priant !Puis, montrant ses épaules,Vite, elle s’enfuit versLes saules,Ses cheveux de travers.Pourtant elle a beau geindre !Si l’adroit amant saitL’atteindre,Sans demander qui c’est,Et l’a prise et meurtrie,Quoiqu’elle entre en courrouxEt crie :Pour qui me prenez-vous ?Elle a beau se défendreEt conter son romanSi tendre,Et s’écrier : Maman !

Si l’amant, toujours fermeEt sachant tout oser,Lui fermeLa bouche d’un baiser ;La jeteuse de pommeDit, en ouvrant ses bras :Cher homme,Fais ce que tu voudras !

25 janvier 1884.

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