La Croupe
Nous tous
LXIVLA CROUPE
Si les femmes, êtres vainqueurs,N’avaient rien de faux que leurs cœurs,Nous ririons ; mais voyez ces groupesDe fausses croupes !Jadis elles n’ont fait qu’ombrerLa jupe ; on les voit encombrerMaintenant de leur masse accrueToute la rue.Souvent ces fausses croupes m’ontTroublé ; la moindre a l’air d’un montEt, lorsque nous marchons, elle entreDans notre ventre.
Les femmes, au bas de leur dos,Sans effort portent ces fardeaux,Qui, s’élançant de leur échine,Vont jusqu’en Chine.Que recouvrent ces plis bouffants,Aussi gros que des éléphants ?Rien, peut-être, à petite dose,Ou peu de chose.Un Tiens, Ninettes et Lauras,Vaut bien mieux que deux Tu l’auras.Ce bloc ne disant rien qui vaille,L’esprit travaille.Laissant derrière elle un sillon,Ainsi qu’un vol de papillon,Cette mouvante fausse croupeSemble une poupe.Quand je la vois, se soulevantAvec orgueil, je crains souventQu’elle ne cache, feinte amère !Une chimère.
Mais nous pouvons, rêveurs déçus,Poser quelques objets dessus,Ainsi que sur une console.Cela console.Ah ! parfois, en avons-nous ri !L’homme des classiques nourri,Quand cette croupe se recourbe,Songe à la fourbeDe ce monstre fait à plaisirDans un récit, que le désirDe ne jamais se taire amèneChez Théramène !
13 février 1884.
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