Les Boîtes
Nous tous
XLIIILES BOÎTES
Les Chiffonniers silencieuxSur la terre d’ombre inondéeAllaient, en regardant les cieux,Comme des pâtres de Chaldée ;Et leur crochet aérien,Qui dans tous les tas savait mordre,Faisait quelque chose de rienEt de l’ordre avec du désordre.Toujours distribuant les sorts,Ils séparaient, en flots contraires,Les squelettes de harengs saursD’avec les essais littéraires.
Ils ne mêlaient pas, sans retour,La rose où sont des gouttelettesEt les chers souvenirs d’amour,Avec les os de côtelettes.Mais que la perte des vaincusSemble laide en principe, ou belle,Ces jours d’autrefois sont vécus.Grâce à notre préfet Poubelle,Galons, casserole, pipeau,Vieux clous, pot au lait de Perrette,Lapins n’ayant plus que la peau,Tessons de verre et d’opérette ;Romans estampés sur le vif,Où des amantes névroséesQue ploie un râle convulsif,Ont semblé, dans la Nièvre, osées ;Chapeaux défoncés par un choc,Livres d’histoire élémentaires,On emportera tout, d’un bloc,Dans les boîtes réglementaires.
18 janvier 1884.
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