Les Jeunes

Nous tous

XIIILES JEUNES

Beaucoup de jeunes assassinsCouvant le meurtre dans leurs seins,Charment de leur front taciturneLe ciel nocturne.Ils se traînent le long d’un mur.La lune qui luit dans l’azurArgente, plus verte que l’herbe,Leur joue imberbe.Ici Polyte encore enfant,À l’air candide et triomphant,Terrasse une vieille et la vole,Et puis s’envole.

Plus loin, c’est le petit LoulouDéjà meurtrier et filou,Qui, rose avec un œil qui brille,Semble une fille.Chérubin triste au poil naissant,Il se jette sur un passantDont l’habit cossu le renseigne,Et vous le saigne.Et puis, dans un bouge rieurDu boulevard extérieurIl s’en va, pâle encor du drame,Trouver sa femme.Joyeux, il la saisit aux flancsAvec ses doigts encor sanglants,Et baise sa joue érailléeEt maquillée.Et tous les deux, le front pesant,Ils boivent, en s’entre-baisant,Une eau-de-vie épouvantableQui les accable.

Et Loulou murmure tout bas :Cache cet or dans ton vieux bas.J’ai fait une bonne rencontre ;Tiens, vois la montre !J’ai mes dix-sept ans révolus :Donc l’atelier, il n’en faut plus.Assez de travail et de jeûnes.Quoi ! place aux jeunes !

7 décembre 1883.

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