Prière

Nous tous

LXXXIIIPRIÈRE

Ah ! n’allons pas en longue queue,Humiliés,Chez ce traiteur de la banlieueDont vous parliez !Fêtons notre ami, sans nul doute,Quand sans ennuisIl a bien parcouru sa route.Certes, j’en suis.Avec le vin de la vendange,Sachons encorLui verser la saine louange,Comme un flot d’or,

Et qu’alors le poète en flammeReste orateur ;Mais n’allons pas chez cet infâmeRestaurateur !Effroi de la race latine,Crime formel,Sa soupe est de la gélatineAu caramel.On entend parmi ses hors-d’œuvreUn cri plaintif,Et j’aimerais mieux une pieuvreQue son rosbeef.Sa volaille a l’aspect lubrique,Et ses homardsSont bons pour des nègres d’AfriqueAux nez camards.Même on le compare à ProcusteDans les journaux.Il collabore avec LocusteSur des fourneaux.

Fuyons cet homme à l’esprit large,Mais au cœur vain ;Car c’est avec de la lithargeQu’il fait son vin.Craignons ses crèmes éhontéesEt les dégâtsQue feraient ses pièces montéesEt ses nougats.Fauchant les gens, comme des herbes,Au son des cors,Il prétend donner de superbesRepas de corps.Au temps passé, nous y dînâmesEn grand gala ;Mais il ferait bientôt des âmesDe ces corps-là.Évitons sa cuisine atroce ;Car, sans honneur,On périrait chez ce féroceEmpoisonneur !

3 mars 1884.

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