Quel Daim ?
Nous tous
XLVIIIQUEL DAIM ?
Les dames, à ce qu’on assure,Par un revirement soudain,Porteront bientôt, pour chaussure,Des bottines en peau de daim.Et bien que l’esprit s’accommodeMal de ce projet fabuleux,Ces mêmes reines de la modeMettront à leurs mains des gants bleus.Telles on les verra, mutines,S’égarer dans le clair jardin.Quoi ! des gants bleus ! Et des bottinesEn peau de daim ! Mais de quel daim ?
Ô grand Bossuet qui t’envoles,Depuis toi, nous parlons bien mal.Le daim, en nos langues frivoles,N’est pas toujours cet animalDoux et gracieux, qui s’effareEt boit dans la source au flot clair,Tandis que l’horrible fanfareJette un cri de cuivre dans l’air.Non. Le mot que sans doute ignoreChateaubriand, comme Baïf,Se transforme et désigne encoreLe bon jeune homme au cœur naïfÀ qui les Èves éternelles,Avec un aplomb très hardi,Font voir, pour charmer ses prunelles,Des chandelles en plein midi.Belles dont les yeux en amandeS’éclairent d’un rayon soudain,En quel sens, je vous le demande,Prenons-nous ici le mot : Daim ?
Quoi ! les princesses de nos fêtes,Que sans cesse adule Paris,Auront-elles des bottes faitesAvec la peau de leurs maris ?Ou bien ces bottes, que décoreUne boucle de diamants,Seront-elles faites encoreAvec la peau de leurs amants ?Quant aux gants bleus, la femme forteDisant toujours : Fais ce que dois,Voudra sans doute, de la sorte,Avoir l’azur au bout des doigts.Et lorsque déroulant sa gammeAux genoux d’une Alaciel,L’amant dira : Je veux, madame,Le paradis, je veux le ciel ;La magicienne enchantéePrès du Chérubin qui songeait,Dira, tendant sa main gantée :Prenez, monsieur, voici l’objet !
25 janvier 1884.
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