Turlututu

Nous tous

LIXTURLUTUTU

Pointus comme un paratonnerreQui tourmente, silencieux,L’aigle brun jusque dans son aireEt la nuée au fond des cieux ;Pointus comme des voix de filles,Comme le bec d’un passereauEt comme les blanches aiguillesDe glace, sur quelque Jung-Frau ;Comme une moustache d’Espagne,Ou comme le chapeau pointuQui, dans la chanson, accompagneIncidemment Turlututu ;

Pointus comme un glaive de bronzeDans la main d’Achille ; pointusComme le nez de Louis OnzeRaillant ses ennemis battus,Tels sont les souliers du vicomte.Dédaignant les autres vertus,C’est sur eux que pour plaire il compte.Ils sont pointus, pointus, pointus.Le vicomte a de fières pointes !Et Rose, aux regards singuliers,En qui sont mille grâces jointes,L’aime, à cause des beaux souliers.Oh ! dit-elle, que je te cingleDe baisers, pour ces souliers-là !Ils sont plus pointus qu’une épingle.Ainsi folâtre Dalila,Et de ses deux mains exiguës,Cette amoureuse veut toucherLes souliers, aux pointes aiguësComme la pointe d’un clocher.

Mais, excessivement puriste,En ses désespoirs familiersLe vicomte a le regard tristeEt, contemplant ses beaux souliers,Ce rêveur, dont le mal empire,Les yeux sur ses pieds abattus,Les regarde encore, et soupire :Ils ne sont pas assez pointus !

8 février 1884.

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