À Léon Gatayes

Odelettes

Avec ses sanglots, l’instrument rebelle,Qui sent un pouvoir plus fort que le sien,Donne l’harmonie enivrante et belleAu musicien.

Le cheval meurtri, qui saigne et qui pleure,Cède au cavalier, rare parmi nous,Dont aucun effort ne peut avant l’heureLasser les genoux.

De même d’abord, le Rhythme faroucheDevant la Pensée écume d’horreur,Et, pour se soustraire au dieu qui le touche,Se cabre en fureur.

Mais bientôt, léchant la main qui l’opprime,Il marche en cadence, et comme par jeu,Son vainqueur lui met le mors de la RimeDans sa bouche en feu.

Tu le sais, ami, toi dont l’Art s’honore,Homme à la main souple, au jarret d’acier,Qui fais obéir la harpe sonoreEt l’ardent coursier ;

Lorsque aimé d’Isis aux triples ceintures,Un homme intrépide a baisé son sein,La création et les créaturesSuivent son dessein.

Le Génie en feu donne à l’âme altièreLe Commandement, ce charme vanté,Et l’Esprit captif dans l’âpre MatièreCède épouvanté.

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