Fruits de la mer

Au clair de la dune

XXXIXFRUITS DE LA MER

Ma poissonnière est non moins fraîcheQue les fruits nacrés de la merQu’elle détaille… Rien d’amerDans tout son être, et rien de rêche.Il faut la voir, le vendredi,Jour de Vénus et de marée,Trôner, pimpante, chamarrée,Au comptoir de persil verdi.

Sa main plus rose que l’ouïeDes goujons au reflet changeant,Sert les poissons d’or et d’argentÀ sa clientèle éblouie.Il faut la voir aller, venir,Dans sa boutique fabuleuseOù la pêche miraculeuseSemble étaler son souvenir.Pour lui plaire, sa marchandiseAdoucit ses bouquets salins,Les homards deviennent câlinsLes moules se font friandise.Rivales des beaux harengs-saurs,Près des turbots tout ronds aux teintesBlafardes de lunes éteintes,Les carpes allument leurs ors.Les saumons aux mines paternes,Voisins des caviars rancis,Comme des amoureux transisOuvrent de grands yeux ronds et ternes.

Sur les hauts rayons consacrés,L’enfilade des coquillagesEn vain combat les maquillagesDe son oreille aux feux nacrés.À ses pieds les crabes orangesFrôlés du bas de son jupon,Semblent des monstres du JaponFondus dans des bronzes étranges.Les maquereaux, poissons… de cœurExagérant leurs dos infâmesDont raffolent certaines femmes,La contemplent d’un air moqueur.Les piments aux lueurs de forgeDans les bocaux de cornichons,Tirent la langue à ses nichonsQue jalousent les airs de gorgeDes citrons effilés et mûrs…Son derme offre de plus beaux lustresQue les boites — aux noms illustres —Des conserves luisant aux murs.

Rousse, en effet, ses chairs prônéesSe paillètent à l’infiniDes lenticelles d’or bruniQu’on aime aux truites saumonées.À son rire victorieuxLes rougets rougissent, bégueules,Et les cabillauds ont des gueulesBéates de michets sérieux…Telle Vénus sortant de l’ondeDut voir une cour de poissonsPâmée en d’étranges frissonsAutour de sa majesté blonde !

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