Jaloux

Au clair de la dune

FELICIEN ROPS

Jaloux. XXIVJALOUX

Eh ! oui, jaloux ! Je suis jalouxCe que l’on peut appeler commeUne kyrielle de loups,Mais ce n’est certes pas d’un homme.Car je suis jaloux de la mer,De la vaste mer amoureuseDont le flot, qu’on prétend amer,Possède une âme langoureuse…

À l’ombre des cabines, prèsDe l’eau verte qui te flagelle,Et plus morose qu’un cyprèsSous le vent du Nord qui me gèle,Ô ma baigneuse, j’admiraisTon corps si beau dans son costume,Que le flot où tu te mirais,Croyant à la Vénus posthume,Vint lécher, lui, le flot altier,Tes pieds que tu recroquevilles,Et river, galant bijoutier,De clairs anneaux à tes chevilles.Ensuite, à ton mollet cambré,Voulant nouer sa jarretière,Il trama sur le derme ambréUn maillot pour la cuisse entière.Prodiguant son baiser salin,Et sans pitié de mes tortures,Toujours montant, le flot câlin,Te mit aux hanches des ceintures.

Or, soudain, commença l’assautDe ta poitrine demi-nue ;La vague écumante, d’un saut,Bondit de la croupe charnueEt resta surprise devantLe flot de ta gorge qu’azureUn fin réseau ; lors, me bravant,L’audacieuse prit mesurePour un corset… Tes seins jaseursInterrompirent leurs haranguesEn voyant ces étranges sœursLes darder de leurs mille langues.Plus indiscrète qu’un amant,La vague aux lesbiennes ivresses,T’enveloppait étonnammentDe ses infécondes caresses.Puis enfin, la mer t’engloutitEnamourée, âpre, béante,Te roulant, pâmée, en son litD’un baiser de Sapho géante.

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