Aux femmes

Opinion d’une femme sur les femmes

AUX FEMMES.

ermettez que je vous dédie mon ouvrage, femmes pour qui seules j’écris. S’il trouve en vous ses protectrices comme son sujet, qu’ai-je à redouter ? Forte de votre approbation, j’oserai tout braver.

Puissé-je améliorer votre sort ! Plusieurs d’entre vous, пе le croyant pas si malheureux, s’étonneront du tableau que j’en fais. Les couleurs en sont fortes peut-être ; elles empruntent la teinte de mon ame ; mais il n’y entre point d’exagération. Hélas ! la vérité, la triste et cruelle vérité est là ; c’est elle seule qui conduit ma plume ; son ascendant irrésistible m’entraîne, et je prends votre défense. Peut-être l’injustice et la déraison prévaudront-elles encore long-tems ; peut-être l’habitude de penser n’est-elle pas assez commune, pour que toutes les idées philosophiques puissent fructifier dans des têtes qu’elle n’a pas encore cultivées : mais une idée utile est rarement perdue ; elle tombe toujours dans quelques esprits féconds où elle fermente en silence, et se développe tôt ou tard. Voilà l’encouragement des philosophes véritables ; leurs écrits peuvent être mal accueillis d’une foule frivole qui ne peut s’élancer au-delà de l’intérêt présent et immédiat ; mais n’eussent-ils produit leur effet que sur un seul lecteur, leur succès est certain, parce qu’il y aura d’autres siècles après le leur.

Quel que soit le sort de cet écrit, je recevrai une bien douce récompense de mon dévouement, si votre estime en devient le prix.

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