À quatre prisonniers
Mes fils, soyez contents ; l’honneur est où vous êtes.Et vous, mes deux amis, la gloire, ô fiers poëtes,Couronne votre nom par l’affront désigné ;Offrez aux juges vils, groupe abject et stupide,Toi, ta douceur intrépide,Toi, ton sourire indigné.
Dans cette salle où Dieu voit la laideur des âmes,Devant ces froids jurés, choisis pour être infâmes,
Ces douze hommes muets, de leur honte chargés,Ô justice, j’ai cru, justice auguste et sombre,Voir autour de toi dans l’ombreDouze sépulcres rangés.
Ils vous ont condamnés, que l’avenir les juge !Toi, pour avoir crié : la France est le refugeDes vaincus, des proscrits ! — Je t’approuve, mon fils !Toi, pour avoir, devant la hache qui s’obstine,Insulté la guillotine,Et vengé le crucifix !
Les temps sont durs ; c’est bien. Le martyre console.J’admire, ô Vérité, plus que toute auréole,Plus que le nimbe ardent des saints en oraison,Plus que les trônes d’or devant qui tout s’efface,L’ombre que font sur ta faceLes barreaux d’une prison !
Quoi que le méchant fasse en sa bassesse noire,L’outrage injuste et vil là-haut se change en gloire.Quand Jésus commençait sa longue passion,Le crachat qu’un bourreau lança sur son front blêmeFit au ciel à l’instant mêmeUne constellation !
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