ΨΥΧΗ
III
Psyché dans ma chambre est entrée,Et j’ai dit à ce papillon :« — Nomme-moi la chose sacrée.Est-ce l’ombre ? est-ce le rayon ?« Est-ce la musique des lyres ?Est-ce le parfum de la fleur ?Quel est entre tous les déliresCelui qui fait l’homme meilleur ?« Quel est l’encens ? quelle est la flamme ?Et l’organe de l’avatar,Et pour les souffrants le dictame,Et pour les heureux le nectar ?« Enseigne-moi ce qui fait vivre,Ce qui fait que l’œil brille et voit !Enseigne-moi l’endroit du livreOù Dieu pensif pose son doigt.« Qu’est-ce qu’en sortant de l’ÉrèbeDante a trouvé de plus complet ?Quel est le mot des sphinx de ThèbeEt des ramiers du Paraclet ?« Quelle est la chose, humble et superbe,Faite de matière et d’éther,
Où Dieu met le plus de son verbeEt l’homme le plus de sa chair ?« Quel est le pont que l’esprit montre,La route de la fange au ciel,Où Vénus Astarté rencontreÀ mi-chemin Ithuriel ?« Quelle est la clef splendide et sombre,Comme aux élus chère aux maudits,Avec laquelle on ferme l’ombreEt l’on ouvre le paradis ?« Qu’est-ce qu’Orphée et Zoroastre,Et Christ que Jean vint suppléer,En mêlant la rose avec l’astre,Auraient voulu pouvoir créer ?« Puisque tu viens d’en haut, déesse,Ange, peut-être le sais-tu ?Ô Psyché ! quelle est la sagesse ?Ô Psyché ! quelle est la vertu ?« Qu’est-ce que, pour l’homme et la terre,L’infini sombre a fait de mieux ?Quel est le chef-d’œuvre du père ?Quel est le grand éclair des cieux ? »Posant sur mon front, sous la nue,Ses ailes qu’on ne peut briser,Entre lesquelles elle est nue,Psyché m’a dit : C’est le baiser.
24 juillet 1859.
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