« C’était en juin, j’étais à Bruxelle ; on me dit … »
C’était en juin, j’étais à Bruxelle ; on me dit :Savez-vous ce que fait maintenant ce bandit ?Et l’on me raconta le meurtre juridique,Charlet assassiné sur la place publique,Cirasse, Cuisinier, tous ces infortunésQue cet homme au supplice a lui-même traînésEt qu’il a de ses mains liés sur la bascule.O sauveur, ô héros, vainqueur de crépuscule, César !Dieu fait sortir de terre les moissons,La vigne, l’eau courante abreuvant les buissons,
Les fruits vermeils, la rose où l’abeille butine,Les chênes, les lauriers, et toi la guillotine.
Prince qu’aucun de ceux qui lui donnent leurs voixNe voudrait rencontrer le soir au coin d’un bois !
J’avais le front brûlant ; je sortis par la ville.Tout m’y parut plein d’ombre et de guerre civile ;Les passants me semblaient des spectres effarés ;Je m’enfuis dans les champs paisibles et dorés ;Ô contre-coups du crime au fond de l’âme humaine !La nature ne put me calmer. L’air, la plaine,Les fleurs, tout m’irritait ; je frémissais devantCe monde où je sentais ce scélérat vivant.Sans pouvoir m’apaiser, je fis plus d’une lieue.Le soir triste monta sous la coupole bleue ;Linceul frissonnant, l’ombre autour de moi s’accrut ;Tout à coup la nuit vint, et la lune apparutSanglante, et dans les cieux, de deuil enveloppée,Je regardai rouler cette tête coupée.
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