Dizain de femmes

VI

Une de plus que les muses ;Elles sont dix. On croirait,Quand leurs jeunes voix confusesBruissent dans la forêt,Entendre, sous les caressesDes grands vieux chênes boudeurs,Un brouhaha de déessesPassant dans les profondeurs.Elles sont dix châtelainesDe tout le pays voisin.La ruche vers leurs haleinesEnvoie en chantant l’essaim.Elles sont dix belles folles,Démons dont je suis cagot,Obtenant des auréolesEt méritant le fagot.Que de cœurs cela dérobe,Même à nous autres manants !Chacune étale à sa robeQuatre volants frissonnants.

Et court par les bois, sylphideToute parée, en dépitDe la griffe qui, perfide,Dans les ronces se tapit.Oh ! ces anges de la terre !Pensifs, nous les décoiffons ;Nous adorons le mystèreDe la robe aux plis profonds.Jadis Vénus sur la grèveN’avait pas l’attrait taquinDu jupon qui se soulèvePour montrer le brodequin.Les antiques ArthémisesAvaient des fronts élégants,Mais n’étaient pas si bien misesEt ne portaient point de gants.La gaze ressemble au rêve ;Le satin, au pli glacé,Brille, et la toilette achèveCe que l’œil a commencé.La marquise en sa calèchePlaît, même au butor narquois,Car la grâce est une flècheDont la mode est le carquois.L’homme, sot par étiquette,Se tient droit sur son ergot ;Mais Dieu créa la coquetteDès qu’il eut fait le nigaud.

Oh ! toutes ces jeunes femmes,Ces yeux où flambe midi,Ces fleurs, ces chiffons, ces âmes,Quelle forêt de Bondy !Non, rien ne nous dévaliseComme un minois habillé,Et comme une CydaliseOù Chapron a travaillé !Ces jupes sont meurtrières.La femme est un canevasQue, dans l’ombre, aux couturièresProposent les Jéhovahs.Cette aiguille qui l’arrangeD’une certaine façonLui donne la force étrangeD’un rayon dans un frisson.Un ruban est une embûche,Une guimpe est un péril ;Et, dans l’Éden, où trébucheLa nature à son avril,Satan — que le diable enlève ! —N’eût pas risqué son pied botSi Dieu sur les cheveux d’ÈveEût mis un chapeau d’Herbaut.Toutes les dix, sous les voûtesDes grands arbres, vont chantant ;On est amoureux de toutes ;On est farouche et content.

On les compare, on hésiteEntre ces robes qui fontLa lueur d’une visiteArrivant du ciel profond.Oh ! pour plaire à cette moire,À ce gros de Tours flambé,On se rêve plein de gloire,On voudrait être un abbé.On sort du hallier champêtre,La tête basse, à pas lents,Le cœur pris, dans ce bois traître,Par les quarante volants.

30 juillet 1859.

Comentarios

Cargando comentarios…