Genio libri

VII

Ô toi qui dans mon âme vibres,Ô mon cher esprit familier,Les espaces sont clairs et libres,J’y consens, défais ton collier.Mêle les dieux, confonds les styles,Accouple au pæan les agnus ;Fais dans les grands cloîtres hostilesDanser les nymphes aux seins nus.Sois de France, sois de Corinthe,Réveille au bruit de ton claironPégase fourbu qu’on éreinteAu vieux coche de Campistron.Tresse l’acanthe et la liane ;Grise l’augure avec l’abbé ;Que David contemple Diane,Qu’Actéon guette Bethsabé.Du nez de Minerve indignéeAu crâne chauve de saint PaulSuspends la toile d’araignéeQui prendra les rimes au vol.

Fais rire Marion courbéeSur les ægipans ahuris.Cours, saute, emmène AlphésibéeSouper au café de Paris.Sois gai, hardi, glouton, vorace ;Flâne, aime ; sois assez coquinPour rencontrer parfois HoraceEt toujours éviter Berquin.Peins le nu d’après l’Homme antique,Payen et biblique à la fois.Constate la pose plastiqueD’Ève ou de Rhée au fond des bois.Des amours observe la mue.Défais ce que les pédants font,Et, penché sur l’étang, remueL’Art poétique jusqu’au fond.Trouble La Harpe, ce coq d’Inde,Et Boileau, dans leurs sanhédrins ;Saccage tout ; jonche le PindeDe césures d’alexandrins.Prends l’abeille pour sœur jumelle ;Aie, ô rôdeur du frais vallon,Un alvéole à miel, comme elle,Et, comme elle, un brave aiguillon.Plante là toute rhétorique,Mais au vieux bon sens fais écho ;Monte en croupe sur la bourriqueSi l’ânier s’appelle Sancho.

Qu’Argenteuil soit ton Pausilippe.Sois un peu diable, et point démon.Joue, et pour Fanfan la TulipeQuitte Ajax fils de Télamon.Invente une églogue lyriquePrenant terre au bois de Meudon,Où le vers danse une pyrrhiqueQui dégénère en rigodon.Si Loque, Coche, Graille et ChiffeDans Versailles viennent à toi,Présente galamment la griffeÀ ces quatre filles de roi.Si Junon s’offre, fais ta tâche ;Fête Aspasie, admets Ninon ;Si Goton vient, sois assez lâchePour rire et ne pas dire:Non.Sois le chérubin et l’éphèbe.Que ton chant libre et disant toutVole, et de la lyre de ThèbeAille au mirliton de Saint-Cloud.Qu’en ton livre, comme au bocage,On entende un hymne, et jamaisUn bruit d’ailes dans une cage !Rien des bas-fonds, tout des sommets !Fais ce que tu voudras, qu’importe !Pourvu que le vrai soit content ;Pourvu que l’alouette sorteParfois de ta strophe en chantant;

Pourvu que Paris où tu soupesN’ôte rien à ton naturel ;Que les déesses dans tes groupesGardent une lueur du ciel ;Pourvu que la luzerne pousseDans ton idylle, et que VénusY trouve une épaisseur de mousseSuffisante pour ses pieds nus ;Pourvu que Grimod la ReynièreSignale à Brillat-SavarinUne senteur de cressonnièreMêlée à ton hymne serein ;Pourvu qu’en ton poëme trembleL’azur réel des claires eaux ;Pourvu que le brin d’herbe y sembleBon au nid des petits oiseaux ;Pourvu que Psyché soit baiséePar ton souffle aux cieux réchauffé ;Pourvu qu’on sente la roséeDans ton vers qui boit du café.

20 juillet.

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