« Je ne me mets pas en peine »
I
Je ne me mets pas en peineDu clocher ni du beffroi ;Je ne sais rien de la reine.Et je ne sais rien du roi ;J’ignore, je le confesse,Si le seigneur est hautain,Si le curé dit la messeEn grec ou bien en latin.S’il faut qu’on pleure ou qu’on danse,Si les nids jasent entre eux ;Mais sais-tu ce que je pense ?C’est que je suis amoureux.Sais-tu, Jeanne, à quoi je rêve ?C’est au mouvement d’oiseauDe ton pied blanc qui se lèveQuand tu passes le ruisseau.Et sais-tu ce qui me gêne ?C’est qu’à travers l’horizon,Jeanne, une invisible chaîneMe tire vers ta maison.Et sais-tu ce qui m’ennuie ?C’est l’air charmant et vainqueur,Jeanne, dont tu fais la pluieEt le beau temps dans mon cœur.
Et sais-tu ce qui m’occupe,Jeanne ? C’est que j’aime mieuxLa moindre fleur de ta jupeQue tous les astres des cieux.
19 janvier 1859.
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