« Jeanne chante ; elle se penche »
II
Jeanne chante ; elle se pencheEt s’envole ; elle me plaît ;Et, comme de branche en branche,Va de couplet en couplet.De quoi donc me parlait-elle ?Avec sa fleur au corset,Et l’aube dans sa prunelle,Qu’est-ce donc qu’elle disait ?Parlait-elle de la gloire,Des camps, du ciel, du drapeau,Ou de ce qu’il faut de moireAu bavolet d’un chapeau ?Son intention fut-elleDe troubler l’esprit voiléQue Dieu dans ma chair mortelleEt frémissante a mêlé ?Je ne sais. J’écoute encore.Était-ce psaume ou chanson ?Les fauvettes de l’auroreDonnent le même frisson.J’étais comme en une fête ;J’essayais un vague essor ;J’eusse voulu sur ma têteMettre une couronne d’or,
Et voir sa beauté sans voiles,Et joindre à mes jours ses jours,Et prendre au ciel les étoiles,Et qu’on vînt à mon secours !J’étais ivre d’une femme ;Mal charmant qui fait mourir.Hélas ! je me sentais l’âmeTouchée et prête à s’ouvrir ;Car, pour qu’un cerveau se fêleEt s’échappe en songes vains,Il suffit du bout de l’aileD’un de ces oiseaux divins.
21 juin 1859.
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