Je n’ai pas de palais épiscopal en ville

L’Année terrible

IV

Je n’ai pas de palais épiscopal en ville,Je n’ai pas de prébende et de liste civile,Nul temple n’offre un trône à mon humilité,Nul suisse en colonel ne brille à mon côté,Je ne me montre pas aux gros yeux des ganachesSous un dais, à ses coins ayant quatre panaches ;La France, même au fond de l’abîme, est pour moiLe grand peuple en travail d’où sort la grande loi ;Je hais qu’on la bâillonne ou qu’on la fleurdelyse ;Je ne demande pas aux passants dans l’égliseTant pour voir le bon Dieu s’il est peint par Van-Dyck ;Je n’ai ni marguillier, ni bedeau, ni syndic,Ni custode, ni clerc, ni diacre, ni vicaire ;Je ne garde aucun saint dans aucun reliquaire ;Je n’ai pas de miracle en bouteille sous clé ;Mon vêtement n’est pas de diamants bouclé ;Je ne suis pas payé quand je fais ma prière ;Je suis fort mal en cour ; aucune douairière

Ne m’admire quêtant des sous dans un plat rond,La chape d’or au cou, la mitre d’or au front ;Je ne fais point baiser ma main aux bonnes femmes ;Je vénère le ciel, mais sans le vendre aux âmes ;On ne m’appelle pas monseigneur ; je me plaisDans les champs, et mes bas ne sont pas violets ;Les fautes que je fais sont des fautes sincères ;L’hypocrisie et moi sommes deux adversaires ;Je crois ce que je dis, je fais ce que je crois ;Je mets près de Socrate aux fers Jésus en croix ;Lorsqu’un homme est traqué comme une bête fauve,Fût-il mon ennemi, si je peux, je le sauve ;Je méprise Basile et dédaigne Scapin ;Je donne à l’enfant pauvre un morceau de mon pain ;J’ai lutté pour le vrai, pour le bon, pour l’honnête,Et j’ai subi vingt ans l’exil dans la tempête ;Je recommencerai demain, si Dieu le veut ;Ma conscience dit : — Marche ! — rien ne m’émeut,J’obéis, et je vais, malgré les vents contraires,Et je fais mon devoir ; et c’est pourquoi, mes frères,Au dire du journal de l’évêque de Gand,Si je n’étais un fou, je serais un brigand.

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