Le Procès à la Révolution

L’Année terrible

VII

Lorsque vous traduisez, juges, à votre barre,La Révolution, qui fut dure et barbareEt féroce à ce point de chasser les hiboux ;Qui, sans respect, fakirs, derviches, marabouts,Molesta tous les gens d’église, et mit en fuite,Rien qu’en les regardant, le prêtre et le jésuite,La colère vous prend.

Oui, c’est vrai, désormaisL’homme-roi, l’homme-dieu, fantômes des sommets,S’effacent, revenants guerriers, goules papales ;Un vent mystérieux souffle sur ces fronts pâles ;Et vous, le tribunal, vous êtes indignés.Quel deuil ! les noirs buissons de larmes sont baignés ;Les fêtes de la nuit vorace sont finies ;Le monde ténébreux râle ; que d’agonies !Il fait jour, c’est affreux ! et la chauve-sourisEst aveugle, et la fouine erre en poussant des cris ;

Le ver perd sa splendeur ; hélas, le renard pleure ;Les bêtes qui le soir allaient chasser, à l’heureOù le petit oiseau s’endort, sont aux abois ;La désolation des loups remplit les bois ;Les spectres opprimés ne savent plus que faire ;Si cela continue, et si cette lumièrePersiste à consterner l’orfraie et le corbeau,Le vampire mourra de faim dans le tombeau ;Le rayon sans pitié prend l’ombre et la dévore… -

O juges, vous jugez les crimes de l’aurore.

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