Les Crucifiés
L’Année terrible
IV
La foule tient pour vrai ce qu’invente la haine.Sur tout grand homme un ver, le mensonge, se traîne.Tout front ceint de rayons est d’épines mordu ;A la lèvre d’un dieu le fiel atroce est dû ;Tout astre a pour manteau les ténèbres infâmes.Ecoutez. Phidias était marchand de femmes,Socrate avait un vice auquel son nom resta,Horace ami des boucs faisait frémir Vesta,Caton jetait un nègre esclave à la lamproie,Michel-Ange, amoureux de l’or, homme de proie,Vivait sous le bâton des papes, lui Romain,Et leur tendait le dos en leur tendant la main ;Dans l’œil de Dante errant la cupidité brille ;Molière était un peu le mari de sa fille ;Voltaire était avare et Diderot vénal ;
Devant le genre humain, orageux tribunal,Pas un homme qu’on n’ait puni de son génie ;Pas un qu’on n’ait cloué sur une calomnie ;Pas un, des temps anciens comme de maintenant,Qui sur le Golgotha de la gloire saignant,Une auréole au front, ne pende à la croix vile ;Et les uns ont Caïphe et les autres Zoïle.
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